Comment peut-on avoir la prétention de soigner un toxicomane, un dépressif, un névrosé, alors que c’est le monde qui est malade.

Pour Freud déjà (Malaise dans la civilisation), la civilisation est menacée par les pulsions humaines d’agression et d’autodestruction. Aujourd’hui c’est pire, c’est la planète elle-même qui est menacée par l’homme. « L’emprise de Thanatos contre Eros a encore gagné du terrain dans la sphère du langage lui-même » Jean-Claude Besson-Girard.

Le discours de ceux qui détiennent le pouvoir politique, économique, idéologique et médiatique est unanime à considérer la croissance économique comme  objectif permanent et comme remède à tous les maux existant. Ils sont incapables de remettre le progrès en question. Ils inventent des non-sens comme « Développement durable » afin de ne pas voir la réalité. Le discours dominant révèle le symptôme d’une maladie psychique, intermédiaire entre la névrose et la schizophrénie, la schizonévrose. Avec une obsession récurrente : la croissance et l’emploi. Alors qu’ils savent très bien, puisqu’ils les utilisent ainsi, que dans le système économique de marché, d’une part, le chômage est une variable d’ajustement, et d’autre part à long terme, croissance économique et progrès technique sont destructeurs d’emplois. L’accroissement de la productivité s’obtenant essentiellement par le machinisme et l’automatisme. Ce processus mécanique a aujourd’hui atteint ses limites par l’épuisement des ressources énergétiques fossiles alors que les habitants des pays développés ou émergeants, sont victimes de l’addiction au pétrole. Le développement industriel a créé une structure sociale d’où personne ne peut s’échapper, où chacun se trouve enfermé : (90% des transports et 90% des produits fabriqués aujourd’hui sont dépendants du pétrole. Par exemple chacun sait qu’il est urgent de ralentir la production de CO² pour ne pas augmenter l’effet de serre, mais il est impossible aux automobilistes de se passer de leur voiture puisque tout a été fait depuis cinquante ans pour mettre les logements loin des lieux de travail et des centres commerciaux…

Vivre sans voiture devient impossible. Tous ceux qui ne peuvent plus conduire, comme les personnes âgées, ceux à qui on a enlevé le permis pour quelques peccadilles ou ceux qui ne l’ont pas encore, sont relégués dans le camp des exclus. 

Les dirigeants font tout pour "empêcher le public de connaître la vérité sur la diminution des réserves de pétrole afin d’éviter une chute des marchés financiers, menant à un effondrement de l’économie mondiale" (selon un membre de l’Association pour l’étude du pic de pétrole, cité dans La Décroissance n° 28)

Le discours dominant nous incite à consommer plus pour produire davantage et créer des emplois, alors que tous les indicateurs écologiques de la biosphère sont en rouge. C’est comme si nous étions dans une voiture sans frein dévalant la pente et qu’on nous dise de bien nous accrocher, alors qu’il faudrait sans tarder sauter en marche avant que le véhicule ne s’écrase au fond du ravin.

Ce déni de réalité est la caractéristique essentielle d’une schizophrénie collective. Qui faut-il soigner ?

Le monde actuel n’est pas fait pour l’homme.

La dépression n’est pas une maladie comme voudraient nous le faire croire ceux qui sont chargés de ramener les veaux dans le corral. À partir d’une rupture dans le traintrain quotidien, d’un choc existentiel, c’est la peur du vide. Une occasion fantastique à saisir pour changer de voie. La dépression est définie comme une incapacité à prendre une décision, à s’engager dans une action. C’est une absence de motivation, une dégradation d’humeur et d’élan vital qui vont de pair avec un sentiment de culpabilité alimenté par l’entourage social. Le dépressif a honte de sa dépression. Il faut retourner la culpabilité à l’envoyeur. C’est une chance inespérée de s’apercevoir enfin  de l’immense gâchis de  sa vie, d’essayer de comprendre tout ce qui nous a fait prendre des vessies pour des lanternes durant tant d’années. C’est l’occasion de tirer un trait sur tout ce qu’on a cru adorer et se mettre à l’écoute de sa nature profonde, de son univers intérieur tout en restant sourd aux chants des sirènes extérieures. N’écouter ni le psy ni le médecin, qui à coup d’antidépresseurs qui détruisent le corps, n’ont comme objectif que de vous faire rejoindre le troupeau social.

Il faut s’éloigner de nos attaches, de nos adhésions, de nos croyances. Il faut se retirer dans un coin du monde différent de  l’environnement habituel, là où les relations avec les choses et les autres n’ont pas encore été faussées. Pour regarder, sentir et écouter la nature, les hommes, les femmes et les enfants qui malgré ou grâce à la pauvreté, ont encore le regard clair.

Et éventuellement revenir ensuite chez soi, mais avec une autre vision du monde, une autre mentalité. On a sans doute tout perdu, mais gagné la paix intérieure.

Extraits de "Le Cauchemar de Don Quichotte" (Amiech et Mattern) :

« Partout [les jeunes] subissent de plein fouet l’effondrement des structures familiales, redoublé par la détérioration des formes d’encadrement informel des enfants et des adolescents (personnes âgées sur le pas des portes ou sur les bancs, boutiquiers des rues commerçantes, voisins), qui fondaient… la confiance publique banale ?.. Or, peut-on encore parler de "rues", là où on a expérimenté à grande échelle un urbanisme moderne et fonctionnel particulièrement dévastateur qui entérine l’impuissance des parents, l’absence d’adultes dans les lieux publics, la destruction des cadres de toute mémoire collective, etc. ?..

« La farce est encore plus grotesque quand, dans ce contexte de table rase,

on demande à des enseignants de transmettre de l’instruction, voire de la culture, à une enfance de plus en plus étroitement prise dans les rets des industries du loisir et de la consommation de masse. Ce qui relève souvent de la mission impossible. Que peut-on exiger de gamins gavés de dessins animés ou de jeux vidéo avant même d’arriver en cours le matin ? Gamins qui constituent ouvertement la cible principale des publicitaires, désireux de profiter du statut de décideurs qu’ont paraît-il acquis les bambins dans les familles, en matière de consommation. Et qu’on habitue de plus en plus tôt à faire plusieurs choses à la fois, c’est à dire à ne rien faire en particulier, et à ne pas être capable de fixer leur attention sur quelque chose de précis. » P 75

« Il y a dans notre génération comme une conscience diffuse et douloureuse, qu’il est de plus en plus difficile de ne pas être un salaud, dans ce qu’on fait au quotidien et qui nous fait vivre. Car qui peut avoir encore la conscience tranquille ?  Sûrement pas les ouvriers et les cadres d’usines de produits chimiques… les employés de banque… les conseillers financiers… les téléopérateurs…les diplômés de marketing et autre Force de Vente …» P125

« Aujourd’hui, de larges pans de la jeunesse ne savent pas non plus quoi faire de leur vie dans cette société… Et il est si difficile de se mettre à critiquer, parce que l’on est presque forcément "bénéficiaire" de cette société du confort et de l’abondance prétendue (" tu n’est pas content de te faire soigner quand tu es malade ? " ou bien "il faut bien vivre, non ? ")

… La faute en revient exclusivement aux individus "qui ne savent pas s’adapter", "qui ne prennent pas assez sur eux", "ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont"… Le verrou est ainsi fermé à double tour ». P128

L’instrumentalisation par le grille-pain. Décroissance n°28

Le grille-pain est-il plus dangereux que le cannabis ?

En un rien de temps les tartines sont dorées. Un instrument merveilleux le grille-pain. Mais un coup d’œil sur le fil et la prise nous montre que nous sommes ainsi relié à une compagnie, l’EDF, mais surtout à un système mondial : lignes à haute tension, centrales électriques derrière lesquelles il y a des barrages, des pipe-lines, des tankers, des tours de forage, des infrastructures portuaires et routières et des légions d’ingénieurs, d’administrateurs, de financiers... Celui qui appuie sur un interrupteur ne se sert pas uniquement d’un outil, mais se branche sur un raccordement du système. Alors qu’ils donnent l’impression d’être serviables et d’épargner du travail, ces outils exigent au contraire, la contribution d’un très grand nombre de personnes. Les outils fonctionnent dans la mesure où les personnes se transforment en outils.

« Qui se sert des machines use de mécaniques et son esprit se mécanise. Qui a l’esprit mécanisé ne possède plus la vertu de l’innocence et perd ainsi la paix de l’âme… »  Tchouang-Tseu

L'homme n’a plus d’existence réelle, il n’est plus que le faire-valoir de ses machines.

La preuve de son conditionnement, c’est qu'il est persuadé de maîtriser les objets qu’il produit, alors qu’il s’identifie à eux et qu’il leur ressemble de plus en plus.

Jusqu'à une époque récente l'homme était à la merci de la nature ; aujourd'hui il est aussi à la merci de ses inventions et pourtant totalement inconscient des dangers des techniques qu'il met en œuvre.

La dernière guerre mondiale a fait 50 million de morts. Depuis 1960, l’automobile a fait 40 million de morts, sans compter les victimes de la pollution et celles résultant des guerres pour le pétrole.

Comme dans le cas de la bombe atomique, l’homme fait confiance à quelques débiles mentaux assoiffés de pouvoir, élus très démocratiquement. Il est donc incapable d'imaginer un arrêt ou un ralentissement du progrès technique et un changement de direction.

  Pour en savoir plus: Lire "Bienheureux les stériles" sur http://philippe.annaba.free.fr

et "Le Berceau" Editions Les Presses du Midi, Toulon.