Suite du livre en train de s’écrire et intitulé :

  Traité de savoir-survivre à l’usage des jeunes générations

Les hommes, même les plus érudits (surtout les plus érudits ?) mentent. Souvent ils n’en ont pas vraiment conscience, puisque ce auquel ils croient, ils ne se sont jamais posé la question de savoir si l’inverse pouvait être également vrai. On oublie trop souvent la force, surtout depuis le jeune âge, de l’endoctrinement par la famille, la religion, l’école, l’université, l’entreprise… sans parler bien sûr, du formidable pouvoir d’endoctrinement de la télévision et des médias. Par exemple, de nombreuses personnes critiquent le système économique impérialiste des Etats-Unis et son rôle destructeur des économies et des politiques des autres pays (ce qui certes, n’est pas faux), mais au lieu de regarder à la télévision des documentaires souvent bien faits et objectifs sur ce sujet, ils passent la quasi totalité de leur temps passé devant la télévision à regarder des séries américaines, sans se rendre compte que ces scénarios sont faits aussi pour modifier la mentalités des téléspectateurs du monde entier et pour les habituer à admette comme une fatalité les ennuis et les malheurs qui leur arrive. Dire que les feuilletons et séries américaines véhiculent une idéologie est une banalité, mais par facilité et insouciance, on préfère l’oublier. 

C’est ainsi que malgré toute notre bonne volonté, nous sommes d’abord, des êtres conditionnés. Nous croyons êtres libres de nos pensées et de nos actes, mais en fait nous pensons et nous faisons ce que nous avons été conditionnés à penser et à faire. Et en effet comment pourrions nous faire quelque chose qui n’ai d’abord été pensé ? Et comment cette pensée nous est-elle venue ?

Cette dernière question doit toujours être présente dans notre esprit. C’est ainsi et seulement ainsi que nous pouvons tenter de nous connaître mieux.

Si nous arrivons à connaître notre être profond, c’est-à-dire, ce qui est permanent en nous et les valeurs auxquelles nous croyons, indépendamment des conditionnements contradictoires du quotidien, cela construit un socle sur lequel nous serons stables et non bringuebalés comme une girouette de droite et de gauche, c’est le cas de le dire.

Cette nature profonde, cet être profond, c’est chaque jour que nous avons l’occasion d’en découvrir des morceaux. Il suffit de nous écouter, d’analyser nos sensations, nos réactions inconscientes. Comme si face aux événements de la vie et au contact des autres, notre cœur nous parlait. On ne l’entendra pas si l’on refuse de l’écouter sous le prétexte qu’il parle à contre-courant de l’opinion publique ou de ce que pensent nos proches. Il s’agit de découvrir ce qui met notre cœur en paix et ce qui le met mal à l’aise.

Or pour cela, je suis désolé, je le répète, il faut se méfier du monde. Aujourd’hui, l’enfant, l’adolescent, l’adulte, sont tellement sollicités par la publicité, par les émissions de télévision, par les jeux vidéo, par des activités en tous genre le plus souvent futiles, qu’ils sont tellement dispersés qu’ils ne peuvent plus se recentrer en eux-mêmes. Comme dit le Boudhha, ils sont comme un singe qui saute de branche en branche. Toutes ces sollicitations sont extérieures ; jamais aucun arrêt pour sentir son corps vivre et son mental se concentrer sur un sujet.

Si on dit : « qui a encore aujourd’hui une vie intérieure ? », la réponse sera :

« Qu’est-ce que c’est que ça ? ».

Or c’est par la vie intérieure, par l’imagination et la réflexion qu’on arrive à être moins dépendant de multiples choses et de multiples contraintes, parce qu’on a mis au jour leur futilité. C’est ainsi qu’on arrive à plus d’autonomie, donc à plus de liberté.

La quasi totalité des gens sont angoissés, paniqués dès qu’ils ont un quart d’heure à ne rien faire. Dans la salle d’attente du médecin ou du dentiste, le patient, dès qu’il arrive se jette sur les revues « people » qui traînent là. Pourquoi ne pas profiter de ces quelques instant, loin de l’affairement habituel, pour faire un retour sur soi, pour écouter son corps, découvrir des sensations, respirer plus à fond et plus calmement, essayer de faire le vide dans son mental, essayer de ne penser à rien ne serait-ce que pendant vingt secondes. Faire le jeûne du mental, comme il est bon fréquemment de pratiquer le jeûne alimentaire.

C’est au plus profond de nous même que réside notre vérité et non dans les belles paroles des autres.

Notre inconscient fait tout pour nous empêcher de réfléchir à l’absurdité de la vie qu’on mène. 

Vous me direz que de voir la réalité telle qu’elle est peut s’avérer déprimant, procurer un sentiment d’impuissance et rendre pessimiste. Je répondrai qu’au contraire, la connaissance de soi et la compréhension de ce qui se passe dans le monde donne confiance en soi, et permet justement d’anticiper les évènements ; en un mot, cela permet, certes de façon toute relative, d’être mieux maître de son destin. Même si le but de la connaissance de soi est plus spirituel que matériel.

Si le monde ne comporte que des menteurs et leurs victimes, les naïfs, essayez de n’être ni l’un ni l’autre. Et si vous n’avez pas d’autre choix, alors ne soyez pas naïf.

Vous allez me dire encore que tout cela est bien pessimiste et que de nombreuses personnes et quantité d’associations et d’institutions consacrent leur temps à améliorer le sort des déshérités et à inciter les gouvernements et les instances internationales à prendre des mesures contre les injustices.

Alors je vous demanderai : « Où est le résultat de tout ça ? »

Par exemple des traités sont signés pour que des diamantaires ne se fournissent pas auprès de réseaux révolutionnaires qui, en Afrique, volent aux compagnies occidentales une partie de leur production pour pouvoir acheter des armes. Mais les acheteurs falsifient leurs comptes pour que ça ne se voie pas, et ainsi ils continuent à entretenir la guerre. Et que cache la production officielle ? Un néocolonialisme des plus abjectes, puisque des potentats sont mis en place avec l’aide de gouvernements occidentaux afin d’accepter des contrats léonins qui arrosent les dirigeants et laissent la population dans la plus grande misère, quand des paysans ne sont pas chassés de leurs terre pour agrandir les exploitations minières ou pétrolières. D’une manière générale, les mesures de solidarités sont faites pour calmer les opinions publiques occidentales, mais n’ont aucun effet sur le terrain. Pendant longtemps, les aides n’ont eu pour seul but, de faire cultiver dans les pays pauvres, ce que les occidentaux avaient besoin ou pouvaient consommer, quitte à supprimer les cultures vivrières locales en affamant la population.

Lorsqu’on voit toutes ces associations et ces ONG qui luttent contre le sida, les maladies graves, la pauvreté, qui défendent tous les exclus et autres « sans papiers », sans compter ces personnes qui avec un réel dévouement partent au loin, dans des pays peu sécurisés pour soigner des blessés et des malades, l’on se sent rassuré, l’on a bonne conscience, et l’on n’y pense plus.

Mais les problèmes continuent, s’amplifient parce que les causes de la misère sont toujours là. Et les causes de la misère c’est ce système économique dont le seul moteur est le profit financier, sans aucune autre considération. Ce n’est pas nouveau ; la révolution française, révolution bourgeoise a vite remplacé la morale religieuse castratrice par la morale du profit, encore plus castratrice.

« La morale du profit, parfaitement méprisable, remplaçait la morale de l’honneur, parfaitement haïssable ; au mystérieux pouvoir du sang, parfaitement ridicule, succédait le pouvoir de l’argent, parfaitement ubuesque ». Traité de savoir-vivre…

Ce système pratique le néocolonialisme partout dans le monde où il y a une richesse à spolier, même si cela doit faire le malheur des populations locales ; ce système qui met des milliers d’ouvriers à la rue dans le but de délocaliser les usines à l’autre bout de l’Europe ou du monde parce que les salaires sont plus bas, et surtout parce que là-bas, il n’y a pas de syndicats. Le résultat, ce sont des conditions de travail inhumaines ; et notre « fièvre acheteuse » nous fait oublier cette misère.

Il faut oser dire que tous les efforts et les actions de ces associations et de ces ONG sont dérisoires vu l’ampleur de la tache. Mais tout le monde s’en satisfait, d’abord parce que l’on va dire :   « Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? ». Et en effet, changer radicalement un  système économique qui domine toute la planète, qui pourrait s’atteler à cette tache ? Et qui le souhaite ? Les Occidentaux ont vécu dans le confort jusque dans les années 90 (pas tous bien sûr, mais la grande majorité), parce qu’ils exploitaient les pays sous-développés et les pays dits aujourd’hui « émergeants ». Si notre kilo de beefsteak est relativement bon marché, c’est grâce au Brésil qui nous vend du soja à bas prix pour nourrir nos bœufs ; mais aussi parce que le pétrole n’est pas encore assez cher et parce que le soja est exploité là-bas de façon intense, avec force engrais et pesticides chimiques, et après avoir expulsé des milliers de petit paysans qui sont allés grossir les cohortes de chômeurs dans les grandes villes.

Depuis le début de la révolution industrielle, ceux qui sont au pouvoir, de quelques bords qu’ils soient, demandent aux salariés de faire des sacrifices pour des lendemains meilleurs, mais depuis, si la population a sextuplé, la misère aussi. En ce début du XXIe siècle, près d’un milliard et demi de personnes vivent dans le plus profond dénuement. Un milliard et demi… c’était la population totale de la planète il y a un siècle.

Où est le progrès ?

En tout état de cause ne jamais se laisser subjuguer par les promesses de paradis futurs ou de lendemains qui chantent. L’histoire nous montre que les promesses des chefs d’Etat et des gouvernements n’ont jamais été tenues.

La mondialisation grâce aux délocalisation et aux politiques de droite comme de gauche, tire chaque jour un trait de plus sur les acquis des luttes ouvrières du XIXe et du début du XXe, en toute conscience, parce que c’était dans son programme, afin que la Finance Mondiale puisse croître et prospérer.

Alors les gens sont satisfaits, grâce à la mondialisation,  de pouvoir acheter des gadgets, des jeux vidéo ou de l’électroménager, qu’ils croient bon marché parce que ces produits viennent de Chine ou de Turquie.

Le monde est ce qu’il est, ni bon ni méchant. L’interdépendance et l’interaction de tous les évènements qui ont fait que le monde est ce qu’il est  dépassent notre entendement ; nous ne pouvons détricoter ce gigantesque maillage qui s’est tissé dans le temps et dans l’espace. Il faut donc l’accepter.

Mais la connaissance de soi et du monde présent nous permet de savoir jusqu’où iront nos compromis avec le monde.

En principe cela doit nous amener à refuser une vie d’esclave, pour quelques compensations que ce soit. Ne jamais accepter le rôle du Stakhanov, du héros de la productivité. Préférer le rôle d’objecteur de conscience de « l’armée industrielle de réserve », c’est-à-dire d’objecteur de croissance. Le productivisme génère l’esclavage, avec toutes les bonnes justifications humanistes, comme le bonheur des hommes. Mais qui est habilité à énoncer ce qu’est le bonheur des hommes, hormis le désir de ne pas mourir de faim?

Nous devons être capables de jauger ce qu’il y a à gagner et surtout ce qu’il y a à perdre : autonomie, liberté, sincérité, honnêteté. Non pas parce que nous serions punis dans l’au-delà d’avoir péché ; il n’y a pas d’au-delà, du moins, un au-delà où une éventuelle âme humaine serait encore consciente de ce qui lui arrive. L’on ne mène pas sa vie avec des fables.

L’on sait ce que l’on ne doit pas accepter seulement parce qu’on est conscient des conséquences de nos choix.

Si l’on accepte de participer au malheur des autres, quel qu’il soit, de la simple escroquerie à l’anéantissement de peuples qui ne nous avaient rien demandé, ont ce situe dans le camp des animaux prédateurs et non plus dans celui des êtres humains, et c’est un engrenage où il n’y a plus de retour en arrière possible. Pour paraphraser Shakespeare, le bien qui est fait peut s’oublier ; le mal ne s’efface jamais.

Il faut jouer avec le monde en l’esquivant, parce qu’il est dangereux. Plus la société se développe et se technicise, plus elle génère de pièges en tous genres.

La simple observation de la vie dans les grandes villes le montre.

Il vaut mieux une vie précaire, frugale, en faisant ce que l’on aime, au sein de réelles relations humaines, que d’assumer des responsabilités pouvant influer négativement sur la vie des autres. La vie sur terre, pour tous les êtres, est faite d’un équilibre entre le négatif et le positif. Mais un être humain qui sait prévoir que ses actes auront un effet négatif sur les autres devrait s’abstenir.

Les dix commandements de Yahvé  dans la Bible sont bien restrictifs ; la preuve : la Loi humaine compte des dizaines de milliers d’articles. Plus la société se développe, plus il y a de façon de nuire aux autres. Pourtant il suffirait d’un seul commandement :  Ne nuis pas aux autres.

La simplicité volontaire, partagée entre des gens qui se comprennent, les rend heureux. Ils ont le regard clair et le sourire aux lèvres. Les grands dirigeants, les responsables de grandes entreprises, les cadres survoltés, malgré toutes leurs possession et leurs comptes en banque ont toujours l’air tristes. D’ailleurs, la seule preuve qu’ils ne sont pas satisfaits, c’est qu’ils accumulent leurs charges et en veulent donc toujours plus. Et quand ils rient, leur rire est forcé, il s’exprime sur le dos des autres, et surtout, il est toujours vulgaire.

Cela signifie qu’il ne faut pas accepter comme « argent comptant » les valeurs étalées partout par la société, dans les journaux, dans les magazines et surtout à la tété. Ce sont des valeurs choisies et privilégiées par ceux qui détiennent ces médias et veulent que ça continue ainsi et que ça leur rapporte toujours plus.

Comme on l’a déjà précisé plus haut, les valeurs sont à découvrir en soi-même. C’est là qu’est le seul livre de sagesse.

Annaba

Faut-il continuer ? A vous de décider.