Les étudiants bloquent les universités, ils ne sont jamais satisfaits des réformes ; à chaque fois ils refusent l’autonomie que les gouvernements successifs veulent leur donner, sous le prétexte que c’est une privatisation déguisée. Et ils ont sans doute raison. Mais ça fait des années que l’université est faite pour fabriquer des professeurs, des ingénieurs, des cadres commerciaux ou financiers, des physiciens et des chimistes qui sont tous formatés pour servir ce système absurde de la Globalisation financière, et surtout, ne pas réfléchir sur les effets désastreux sur plus de la moitié de la population du monde et sur la planète entière.

« L’Université d’aujourd’hui est un lieu anti-culturel, voire un antre de barbares ». Gaétan Daoust, professeur, Université de Montréal

« Il faut fonder l’Université du Désastre » Paul Virilio.

Que peuvent toutes ces  révoltes  d’enfants gâtés, sans une profonde réflexion sur les causes de tout ce merdier. Des gens ont depuis longtemps bien expliqué les méthodes et les objectifs de la mondialisation et comment lutter contre elle, mais tout le monde en Occident a trop été conditionné à profiter du système pour le mettre vraiment en cause. La preuve c'est que l'Union Européenne a été détournée de ses objectifs pour en faire l'instrument de la Globalisation financière, et tout le monde s'en fout. Les élections européennes de juin n'intéressent pas grand monde, à cause de l'ignorance fabriquée par les médias. Mais les  gens sont accros aux médias et ne peuvent réfléchir par eux-même.

Il est vrai que tout le système économique, qu'il soit capitaliste ou socialiste repose sur le patriarcat, et aucune des élites du monde riche ne veut remette en cause ce système, ni en entendre parler. Le monde entier a été conditionné par le patriarcat et les religions patriarcales dont les principes demeurent. Cette citation de René Quinton est le pivot de mon livre "Bienheureux les enfants de la Mère":

« La première mission des mâles n’est pas de se reproduire, mais de s’entre-tuer. Dans l’ensemble du monde vivant, leurs carnages préludent à l’amour. La femelle propage l’espèce ; le mâle, par sa mort, la sélectionne. La nature, qui en bénéficie, crée les mâles pour s’entre-détruire ; elle leur en donne le goût et la force de risquer. » René Quinton (1866-1925),  Maximes.

C’est ainsi que depuis plus de 7 à 8000 ans, les hommes se sont appropriés le pouvoir et ne l'ont pas lâché, en maintenant les femmes en soumission afin de laisser libre court à leurs instincts de domination, de pouvoir et de cupidité.

Pourquoi ne parle-t-on jamais dans les médias ou dans les écoles de livres comme Les femmes avant le patriarcat et Le féminisme ou la mort, que Françoise d'Eaubonne a écrit il y a près de 40 ans déjà. C'est bien plus révolutionnaire que les digressions "petit bourgeois" de Simone de Beauvoir. Sans parler d’Ecoféminisme, de Maria Mies et Vandana Shiva, dont voici quelques extraits :

              Écoféminisme* de Laria Mies et Vandana Shiva

                                   Éditions L’Harmattan

Des problèmes traités comme des entités séparées par les scientifiques, les politiciens, les économistes [sont] en réalité interconnectés et cette interconnexion du vivant [est] effectivement le fondement de toute vie sur terre et de ses pouvoirs régénérateurs (page 9). M.M.

L’écoféminisme était et reste un concept qui ouvre la perspective d’une société et d’une économie qui ne serait pas fondée sur des colonisations de tous genre : celle des femmes par les hommes, de la nature par les êtres humains, des colonies par les métropoles. Après la chute du communisme en Europe de l’Est, il nous est apparu que cette perspective était plus nécessaire que jamais, précisément parce que les États où régnait autrefois le "socialisme authentique", reposaient et reposent encore sur un modèle de croissance permanente des forces productives et de la production de marchandises. Ce qui implique aussi l’exploitation brutale de la nature et le maintien d’une relation patriarcale entre les sexes […]

Il était évident aussi que le "capitalisme authentique", que par euphémisme on dénomme aujourd’hui économie de marché, était incapable de fournir le cadre d’une société respectueuse de l’environnement, des femmes, des enfants et de la nature (page 9). M.M.

L’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI), négocié secrètement depuis 1995 à l’OCDE à Paris a non seulement pour but de "libérer" le commerce mondial – ce que les accords du GATT / Organisation Mondiale du Commerce ont déjà fait – mais aussi de "libérer" les investissements étrangers. Les gouvernements qui signeront l’AMI vont offrir aux investisseurs étrangers des droits sans précédent de pénétrer leurs pays, d’investir dans les secteurs de leur choix, d’importer et d’exporter librement des fonds, sans être embarrassés par des préoccupations locales d’environnement, de droits humains de travail, de droits des femmes. En signant l’accord, ces gouvernements transmettront des pans décisifs de leur souveraineté nationale et régionale aux société transnationales. Ce sont ces entreprises qui détermineront alors la politique économique de ces États et non plus leurs gouvernements élus. Par conséquent, cette globalisation sape aussi ce que nous entendons par démocratie (page 10). M.M.

Le "global" opposé au "local" se retrouve maintenant largement dans le discours écologique et de développement […] Les groupes d’intérêt qui recherchent un libre accès à toutes les ressources naturelles de même qu’au travail humain et aux marchés, se présentent souvent eux-mêmes comme les gardiens de la "communauté mondiale", de la "paix globale", de l’"écologie globale" ou des droits humains universels et de la liberté du marché mondial. La promesse implicite de ce mondialisme est qu’un "marché libre mondial" conduira à un monde de paix et de justice. Au nom d’objectifs communs ou globaux qui reconnaissent de facto le fait que nous dépendons tous d’une même planète, ils réclament néanmoins le droit d’exploiter une écologie locale, des communautés, des cultures etc. Les victimes sont toujours locales… (page 21). M.M. et V.S.

[Dans le cas des grands barrages en Inde], ce qui était présenté comme ‘intérêt national’ étaient les intérêts électoraux et économiques d’une poignée de politiciens financés par une poignée de contractants et d’industriels qui tiraient profit de la construction de tous les barrages…(page 23)

« Nous voyons comme des problèmes féministes, la dévastation de la terre et de ses êtres par les guerriers d’entreprises et la menace d’annihilation nucléaire par les guerriers militaires. C’est la même mentalité masculiniste qui voudrait nous dénier notre droit sur notre propre corps et notre propre sexualité, et qui dépend de multiples systèmes de domination et de pouvoir étatique pour arriver à ses fins […] En défiant ce patriarcat, nous sommes loyales envers les générations futures, envers la vie et envers cette planète elle-même. Nous en avons une compréhension profonde et particulière, à la fois au travers de nos natures et de nos expériences de femmes » Ynestra King, The Eco-Feminist Perspective.

Quand les femmes dans les différents mouvements – écologique, pacifiste, féministe et surtout ceux qui s’occupent de santé – redécouvrirent l’interdépendance et l’interconnexion de tout, elles redécouvrirent aussi ce qu’on appelle la dimension spirituelle de la vie ; la prise de conscience de cette interconnexion a parfois été elle-même appelée spiritualité. Les matérialisme capitalistes et marxistes, qui voyaient tous deux la réalisation du bonheur humain conditionnée fondamentalement par l’expansion de la production de biens matériels a nié ou dénigré cette dimension. De leur côté, les féministes ont commencé à réaliser la signification de la ‘chasse aux sorcières’ au début de l’ère moderne, dans la mesure où la science et la technologie patriarcales ne se sont développés qu’après que ces femmes (les sorcières) aient été assassinées, détruisant en même temps leurs connaissances, leur sagesse et leur relation étroite avec la nature […] Le terme ‘spirituel’ est ambigu, il signifie des choses différentes d’une personne à l’autre. Pour certaines, c’est une sorte de religion, mais qui n’est pas basée sur la continuation des religions monothéistes patriarcales telles le christianisme, le judaïsme ou l’Islam, qui sont toutes indubitablement hostiles aux femmes et à la nature vu leur traditions fondamentalement guerrières […] Certaines l’appellent le principe féminin, habitant et imprégnant toute chose (page 30).

La pertinence écologique de cette insistance sur le ‘spiritualité’ repose sur la redécouverte du caractère sacré de la vie, selon lequel la vie sur terre peut seulement être préservée si les gens se remettent à percevoir toutes les formes de vie comme sacrées et les respectent en tant que telles. Cette qualité n’est pas localisée dans une déité d’un autre monde, dans une transcendance, mais dans la vie de tous les jours, dans notre travail, dans les objets qui nous entourent…(page31). M.M. et V.S.

La colonisation de la semence est le pendant des modèles de colonisation du corps des femmes […] Elle ne se reproduit pas par elle-même alors que par définition une semence est une ressource régénératrice. Ainsi des ressources génétiques, par manipulation technologique, transforment une source renouvelable en une source non renouvelable (page 44/45). V.S.

Le tabou auquel on ne touche jamais dans [les] comités d’éthique, est le mariage profondément immoral entre la science et la force, la science et le militarisme, la science et le patriarcat capitaliste […] Ce que le scientifique ne voudrait pas se faire à lui-même, il ne devrait pas non plus le faire à autrui (page 66). M.M.

La pauvreté des pays sous-développés [n’est] pas le résultat d’un retard ‘naturel’ mais la conséquence directe du sur-développement des pays industriels riches qui exploitent ce qu’on appelle la périphérie, l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie. P 72. M.M.

La croyance qu’un niveau de vie matériel élevé équivaut à une bonne ou une haute qualité de vie est le support idéologique essentiel pour soutenir et légitimer le modèle de croissance et d’accumulation de la société industrielle moderne. Sans l’adhésion des masses, le système ne peut ni durer ni fonctionner […]

Les coûts économiques, sociaux et écologiques de la croissance continue dans les pays industrialisés ont été et sont transférés dans les pays colonisés du Sud, à l’environnement et aux peuples de ces pays P 74. M.M.

La société d’abondance est une société qui disposant d’innombrables marchandises manque des nécessités fondamentales de la vie : de l’air respirable, de l’eau pure, de la nourriture saine, de l’espace, du temps et du calme. P 78. M.M.

La pauvreté perçue culturellement n’est pas nécessairement une vraie pauvreté matérielle : les économies de subsistance qui satisfont les besoins de base par un auto-approvisionnement ne sont pas pauvres dans le sens de privation. Néanmoins, l’idéologie du développement les déclare pauvres parce qu’elles ne participent pas irrésistiblement à l’économie de marché ni ne consomment les marchandises produites et distribuées par le marché, même si elles satisfont ces besoins de base par des mécanismes d’auto-approvisionnement. Les gens sont perçus comme pauvres s’ils mangent du millet (cultivé par des femmes) plutôt que des aliments transformés, produits et distribués commercialement, vendus par l’industrie agroalimentaire globale. Les gens sont perçus comme pauvres s’ils vivent dans des maisons qu’ils ont construites eux-mêmes avec des produits naturels comme le bambou et de la boue plutôt que du béton. Ils sont perçus comme pauvres s’ils portent des vêtements qu’ils ont fabriqués eux-mêmes à partir de fibres naturelles plutôt que synthétiques. La subsistance, perçue culturellement comme pauvreté, n’implique pas nécessairement une qualité de vie inférieure sur le plan matériel. Au contraire, les millets, par exemple, ont une valeur nutritionnelle supérieure aux aliments traités, les maisons bâties avec des matériaux locaux au lieu de béton sont mieux adaptés au climat et à l’écologie du lieu, on préfère généralement les fibres naturelles aux fibres synthétiques, et elles sont surtout plus abordables. La perception culturelle d’une vie prudente de subsistance comme étant de pauvreté a permis de légitimer le développement comme projet ‘d’éradication de la pauvreté’. Le ‘développement’, en tant que processus culturellement dévoyé, détruit des styles de vie salubres et durables et, au lieu et place, crée une réelle pauvreté, ou une misère matérielle, en refusant les moyens de survie et en détournant les ressources vers la production intensive de marchandises. P 90. V.S.

Les forêts de Gandmardhan [en Inde] sont une source de plantes richement diversifiées et d’approvisionnement en eau. Elles alimentent vingt-deux ruisseaux intarissables qui à leur tour alimentent de grandes rivières et des fleuves dans le Mahanadi. Selon la mythologie indienne, Gangmarghan est la colline sacrée où Hanuman rassembla les herbes médicinales qui sauvèrent la vie de Laxman dans l’épopée de Ramayana ; le sauveur doit, à présent, être détruit pour laisser la place au ‘développement’. Il doit être désacralisé par la Bharat Aluminium Compagny (BALCO) afin d’extraire de la bauxite. La BALCO s’est installée à Gandmardhan après avoir détruit le caractère sacré et écologique d’une autre montagne importante, Amarkantak, la source des fleuves Narmada, Sone, et Mahanadi. La destruction de Amarkantak fut le prix élevé à payer pour des réserves qui, de toute façon, se révélèrent beaucoup moins importantes qu’elles n’avaient d’abord été estimées […]

Ce conflit et ces ravages étaient inutiles parce que l’Inde n’a pas besoin d’autant d’aluminium, elle en a déjà un surplus. Cependant l’activité minière est dictée non par les besoins du peuple indien mais par la demande de pays industrialisés qui ferment leurs propres usines d’aluminium et encouragent l’importation à partir de pays comme l’Inde. Le Japon a réduit sa capacité de fusion d’aluminium de un million deux cents mille tonnes à cent quarante mille tonnes et importe aujourd’hui quatre-vingt dix pour cent de ses besoins en aluminium […]

La survie des autochtones de Gandmardhan est ainsi menacée parce que des pays riches veulent préserver leur environnement, leurs économies et le luxe de leur niveau de vie. P 120 V.S.

La mondialisation, telle qu’elle est définie dans la perspective du capitalisme patriarcal, signifie simplement la possibilité globale du capital d’accéder à toutes les ressources et tous les marchés du monde. P 128.V.S.

[Le rôle de l’Etat] consiste à présent à fournir aux transnationales des ressources naturelles, des services de base et essentiels, des concessions, une protection des infrastructures et des brevets et de les protéger contre les revendications populaires en matière de droits du travail, à la santé, environnementaux et humains […]

On peut dire que l’Etat s’est atrophié sauf dans le domaine de l’ordre public. P 129. V.S.

Un des paradoxes les plus contagieux de notre temps, est la montée simultanée de nationalisme étroits et de la globalisation de l’économie mondialisée. Le nivellement ‘du terrain de jeu’ est censé remettre au même niveau toutes les cultures, toutes les différences. Cependant, plus ce ‘nivellement’ est violent, plus violente est l’expression d’identité ethnique et culturelle comme base du nationalisme. P 128.

L’émergence de l’Hindutva, ou fondamentalisme hindou comme idéologie nationaliste est un exemple d’idéologie politique aveugle aux processus économiques de la mondialisation et de la désintégration qui en découle. Les fondamentalistes négligent de relier l’érosion actuelle de liberté et d’autonomie à la servilité de l’Etat indien au capitalisme mondial. La nouvelle tendance à la recolonisation n’est pas abordée comme une question politique. Au lieu d’examiner le présent et le futur, le fondamentalisme, comme idéologie pseudo-nationaliste , tente de reconstruire le passé à partir de catégories masculinisées et militarisées.

P 129. V.S.

La vision patriarcale du monde présente l’homme comme la mesure de toutes valeurs, sans espace pour la diversité, uniquement pour la hiérarchie. La femme étant différente, est traitée comme inégale et inférieure. La diversité de la nature n’est pas considérée comme une valeur intrinsèque en soi, une valeur qui ne lui est conférée qu’au travers de son exploitation économique à des fins commerciales […] La destruction de la diversité et la création de monocultures deviennent un impératif pour le patriarcat capitaliste.

La marginalisation des femmes et la destruction de la biodiversité vont de pair. Une perte de diversité est le prix à payer pour le modèle de progrès patriarcal qui pousse inexorablement aux monocultures, à l’uniformité et à l’homogénéité. P 185. V.S.

* terme utilisé pour la première fois par Françoise d’Eaubonne dans Le féminisme ou la mort._tudiants