Delarue

« Je n’ai causé de tort à personne, uniquement à moi-même ».

C’est dans Aujourd’hui en France du 23 septembre.

« Je ne me suis rarement senti aussi serein et apaisé »

Comme tous les accros à la cocaïne, à l’héroïne ou même au cannabis, qui ne veulent pas admettre qu’ils sont les complices des criminels les plus sordides qui soient.

Chaque jour pourtant dans les journaux, combien d’assassinats dans toutes les grandes villes du monde pour la conquête ou la conservation de territoires, de no-mans lands, de banlieues abandonnées aux dealers. Combien d’habitants souffrent quotidiennement du fait de vivre dans des zones où même la police ne peut plus intervenir pour rétablir l’ordre face à des  gangs mieux armés qu’elle ?

Chaque consommateur de drogue, et surtout ces artistes du show-biz, ces cadres supérieurs qui pour oublier leur responsabilité dans la construction quotidienne de ce monde absurde, dépensent cet argent si mal gagné dans des plaisirs toujours insatisfaits jusqu’à tomber dans la pire des dépendances.

Comment peuvent-ils ignorer que des parties entières de la planète sont sous la domination des cartels qui font et défont les gouvernements, soumettent des dizaines de milliers de paysans, font régner la terreur dans toutes les grosses agglomérations d’Amérique du Sud (que Jean-Luc Delarue lise « Caracas brûle-t-elle ? » dans le Monde diplomatique d’août 2010, ça lui ouvrira peut-être les yeux, mais à son niveau, il ne peut dire « je ne savais pas »).

Dans le même Aujourd’hui en France du 23 septembre, à la page 13 « Les trafiquants [de cocaïne] investissent dans le prêt à porter ». Même les juridictions des pays industriels sont incapables de freiner le blanchiment de l’argent sale de la drogue qui s’investit partout dans le monde, dans le prêt à porter, dans les hôtels de luxe, les boîtes de nuit, l’immobilier, l’import export. En fait dans toutes les activités économiques quelles qu’elles soient, et de plus en plus avec les facilités que leur octroie la mondialisation financière. En fait la mafia mondiale de la drogue est de loin la plus importante sur toute la planète et elle ne cesse de décimer les familles et de corrompre les politiques, la police et la justice.  Le milieu de la drogue et le milieu des affaires sont aujourd’hui intimement liés. 

  « Le crime d’argent est le point aveugle de notre monde, une dimension invisible… plus de 95 % de ces délits sont impunis. »  (Eva Joly in : Notre affaire à tous, Les Arènes, 2000).

    « Si dans un pays vous avez un système judiciaire corrompu, c’est inutile de parler de droits de l’homme, parce qu’il n’y a pas un endroit pour les faire valoir. » (Eva Joly in Les chasseurs de caisses noires, documentaire, Arte 18 juillet 2006).

Certains diront qu’il est difficile pour un consommateur de se passer de sa drogue. Il faut déjà qu’il ait la volonté de se désintoxiquer, et la prise de conscience des multiples crimes dont il est le complice devrait l’aider à réaliser cet effort, pour lui et pour l’humanité.

Il n’y a rien de plus méprisable que d’afficher régulièrement dans les médias sa défense des droits de l’homme et autres  sentiments humanitaires, lorsqu’on n’est pas capable soi-même de s’abstenir d’enrichir les criminels les plus sanguinaires qui soient.

Philippe Annaba auteur de « Journal incorrect », Les Presses du Midi.