Guilluy

Le journal Aujourd’hui en France du 22 octobre 2010 est exemplaire.

Page 6, le point sur les manifestations, la mobilisation des syndicats, la fragilité de leur union, et le soutient de la gauche. Mais, comme dans tous les médias, malgré des dizaines de pages et de reportages, jamais aucune explication sur les causes du problème des retraites et sur les raisons des opposants à la réforme.

Page 7 une pleine page de publicité pour IKEA, avec en gros titre « Héritage suédois ». Une entreprise qui s’implante de plus en plus, dans des villes qui l’accueillent les bras ouverts, sous prétexte qu’elle crée des emplois. Les maires ne voyant que leur intérêt immédiat sans voir plus loin que le bout de leur nez, puisque pour tout emploi crée, c’est plusieurs emplois perdus ailleurs. Parmi les milliers de produits vendus, pas un n’est fabriqué en France ni en Suède, ni dans l’Union européenne.

Page 10, exceptionnellement dans la presse, sur une petite demi-page, une explication claire et précise sur le malaise social. Elle est donnée par un géographe, Christophe Guilluy, auteur de Fractures françaises : « La retraite n’est qu’un symbole. Au-delà de l’allongement de la retraite, ce qui fait peur c’est l’écroulement du modèle de protection sociale français […] Mais l’argent se raréfie et ça ne peut plus fonctionner comme avant […] Aujourd’hui les gens ne veulent pas faire la révolution, ils veulent avoir un travail décent et un niveau de vie au moins identique à celui de leurs parents. Or ils voient bien que le marché de l’emploi ne suit pas. Pourquoi allonge-t-on la durée du travail ? Tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de personnes qui travaillent pour financer les retraites. L’emploi industriel, qui a toujours été le réservoir traditionnel de travail pour les couches populaires, est en chute libre. Les ouvriers ont été les premiers touchés mais on sait désormais que ce sera pareil avec les techniciens et les ingénieurs. On pourra encore allonger la durée de départ à la retraite, ça ne changera rien sur l’emploi. Or, les gens le savent, les fermetures d’usine sont une réalité [quotidienne]. Mais le sujet est tabou chez les gouvernements, de droite comme de gauche ».

Et pourquoi le sujet est-t-il tabou ? Pourquoi les gouvernements de droite comme de gauche ne se sont-ils jamais vraiment opposés aux délocalisations ? Pourquoi n’ont-ils jamais taxé les produits pas chers venus d’Afrique du Nord, de Turquie, d’Asie, ou d’ailleurs ? Pour lutter contre l’inflation ? Pour augmenter le pouvoir d’achat ? Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de travail en France que pour les fonctionnaires et les commerçants ? Pour combien de temps encore ? Depuis vingt ans, ce système totalement absurde et antiéconomique n’a généré qu’une accumulation de déficits commerciaux et la faillite de l’Etat.

Bien sûr il n’est pas question de faire l’apologie du protectionnisme, l’on va chercher ailleurs ce que l’on n’a pas chez soi ; mais l’on ne va pas ailleurs parce que la main d’œuvre est moins chère et que l’on peut passer outre les normes de fabrication et la préservation de l’environnement.

Si l’Allemagne exporte en Chine autant qu’elle en importe, la France y achète trois fois plus que ce qu’elle y vend (Le Monde du 5 novembre 2010).

La seule raison de tout cela, c’est que ce que l’on appelle la Mondialisation n’est tout simplement que la dictature de la Finance mondiale, noyautée par la Mafia mondiale qui y déverse des sommes faramineuses. À noter que la Camora, la Cosa Nostra et la ‘Ndrangheta, ne représentent que l’arbre qui cache la forêt, chaque pays abritant une ou plusieurs mafias.

La Finance mondiale,  par l’intermédiaire des banques, à l’instar de Goldman Sachs (lire l’enquête de Marc Roche, dans Le Monde du 31 octobre 2008, sur la banque la plus puissante du monde), dicte ses ordres au FMI, à l’OMC et aux Etats. Les élus ne peuvent qu’obéir s’ils tiennent à continuer à profiter de leur pouvoir et de leurs prébendes, parce qu’ils savent très bien que ceux qui leurs donnent des ordres possèdent les médias et sont donc capables de retourner l’opinion publique et de les faire tomber quand ils le désirent.

La seule solution pour le commun des mortels, c’est de boycotter, dans la mesure du possible, toutes les marchandises proposées par les multinationales, que les banques ont créées après avoir ruiné une multitude de petites et moyennes entreprises. Il s’agit donc de privilégier le local, le régional, le national, l’européen. Malheureusement les savoir-faire ont quitté l’Union européenne depuis longtemps.

Nos lendemains ne chanteront que des requiem.

Annaba, auteur de « Journal incorrect »

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