Picasso

Comme ces gens qui sont riches sans jamais avoir levé le petit doigt peuvent penser bassement ! Ils ne peuvent pas imaginer bien sûr que Picasso et sa dernière femme Jacqueline aient pu être généreux, surtout avec des employés qui les ont longtemps servis avec dévouement. Pourtant dans un livre sur Picasso il est dit que le peintre « a passé sa vie à donner, pas un de ses employés n’est reparti sans rien ».

Ces nouveaux riches qui ne savent pas ce qu’est le travail, surtout manuel, soupçonnent aussitôt quelques turpitudes, tellement ils sont agrippés à leurs biens mal acquis et si affairés à l’accroître sans cesse. Comment peut-on avoir l’esprit assez tordu pour imaginer que l’électricien du peintre ait gardé si longtemps le fruit d’un vol, alors que se sentant âgé, et souhaitant offrir ces dessins à ses enfants, en toute innocence, il en envoie quelques un à l’un des héritiers pour lui demander ce qu’il en pense ? Celui-ci aussitôt porte plainte, révélant ainsi suffisance, mesquinerie, paranoïa, c’est-à-dire bêtise crasse !

Un autre voisin des Picasso, qui fut longtemps leur chauffeur, avait bénéficié également de quelques largesses. Voisin également de l’électricien il en est même un lointain cousin. Il n’en faut pas plus pour que le faible esprit de ces parvenus s’échauffe. Jamais ils n’ont imaginé Picasso et sa femme se retournant dans leur tombe devant tant d’outrecuidance.

            

Ce non-évènement révèle par ailleurs que sans doute pour Picasso et sa femme, ces dessins ne semblaient pas avoir une immense valeur ; ils avaient la valeur correspondant à la récompense qu’ils souhaitaient donner à ces employés modèles. Après la    mort du peintre, la cote de ses œuvres n’a cessé de croître, certes parce qu’elles le méritaient, mais aussi parce que les nombreux spéculateurs de la finance mondiale étaient et sont toujours à l’affût de valeurs refuges. Trente ou quarante ans plus tard ces dessins sont donc devenus des pièces de musées, pour le malheur de « ces pauvres gens honnêtes ».

Ne peut-on laisser les braves gens tranquilles ?

Que les riches se cherchent des poux entre eux, là il ne manque pas de blé à moudre et à encaisser pour les avocats d’affaires sales.

Comme par exemple ces 4000 pharmaciens soupçonnés d’arnaque au fisc grâce à un logiciel miracle : entre 5000 et 100000 euros non déclarés par an pour chacun d’entre eux. Si cela est avéré, le bon sens indique que la justice confisque leur officine et que ces pharmaciens soient raillés de l’Ordre. Mais les choses ne se passent pas comme cela dans ce pays où rien n’a véritablement changé depuis La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » (Les animaux malades de la peste).

Annaba, auteur de « Journal incorrect ».

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