Le_dessous_des_cartes

Pour illustrer le fait relevé dans le précédent blog selon lequel nous sommes victimes d’une propagande éhontée de la part des médias, il n’y a qu’à se reporter à l’émission de Jean-Christophe Victor, Le dessous des cartes de début décembre sur « La surpopulation : une fausse question ».

Déjà le titre exclut tout débat, puisqu’il s’agit d’une fausse question ! « La thèse que je vais démonter en m’appuyant sur la réalité plutôt que sur des inquiétudes qui ne sont pas fondées ».

Malthus (qui publia Essai sur le principe de population en 1798) prévoyait que si la population augmentait trop, la Terre ne pourrait pas nourrir tout le monde. Et pour prouver que c’était idiot, l’animateur-producteur-réalisateur précise qu’aujourd’hui nous sommes sept milliards et que Malthus n’avait pas prévu l’augmentation des rendements en agriculture grâce au progrès technique. Et en effet c’est bien la réalité sur laquelle il se base : -    À force d’engrais chimiques qui rendent partout dans le monde la terre stérile, et à force de pesticides qui se retrouvent dans nos assiettes, avec les conséquences pour notre santé de plus en plus évidente.

-         Grâce aux OGM, dont nous ne connaissons pas les conséquences à long terme, et qui, c’est le moins que l’on puisse dire, sont plus que controversés.

-         Grâce à l’énergie fossile qui a permis l’agriculture intensive, l’exode rural, le chômage et l’augmentation du CO² et donc de l’effet de serre.

Pour Jean-Christophe Victor la malnutrition a reculé ; il donne les chiffres en pourcentage qui montrent une diminution qui ne veut rien dire puisque la population dans le même temps a augmenté. Ce qui est pourtant significatif c’est qu’à l’époque de Malthus la population totale de la planète était d’environ 800 millions d’habitants et qu’aujourd’hui il y a un milliard de personnes souffrant de malnutrition (OMS).

La malnutrition reculerait (alors qu’en valeur réelle elle augmente) grâce aussi à l’aide internationale. Parlons-en : les multinationales pillent les richesses des pays dits « pauvres » et c’est pour cela qu’ils sont pauvres. Avec la complicité de gouvernements fantoches, elles chassent les petits paysans de leurs terres ancestrales pour raser les forêts et y implanter des cultures intensives et polluantes dans le seul but de l’exportation.

Les aides alimentaires proviennent de surplus agricoles et sont financées par le contribuable, mais quand elles arrivent dans des pays où sévit la famine, elles sont en grande partie accaparées par des milices ou autres mafias locales  qui les revendent à bas prix sur les marchés, en concurrençant et ruinant ainsi les petits paysans qui restent.

Pas un mot bien sûr au sujet de pays comme la Chine, les États-Unis et tant d’autres qui achètent des millions d’hectares de terre arables en Afrique ou en Amérique du Sud et en Indonésie pour produire des agro-carburants en chassant là aussi les petits paysans qui vont grossir les bidonville en tombant eux-mêmes dans la malnutrition.

Certes la surpopulation n’est pas le seul facteur créateur de la misère, cette dernière relève surtout d’un système économique absurde qui encore pour peu de temps profite aux pays dits « développés » et qui repose sur une exploitation criminelle de l’homme et de la nature. Certaines famines ont été également causées par la spéculation sur les denrées alimentaires, mais aujourd’hui, l’ONU, le FMI, l’OMC et les gouvernements des pays développés et émergents ne peuvent ou ne veulent rien faire pour s’y opposer, pour s’opposer à tout ce qui peut créer, non de la richesse au sens d’Adam Smith, mais de la fortune et de la rentabilité pour  des fonds de pension, sans laquelle le monde occidental s’effondrerait.

Et comme dans ces conditions, rien ne changera, l’épuisement des ressources (matières premières, pétrole, eau etc.) continuera à générer des guerres de plus en plus meurtrières (que faisons-nous en Afghanistan : nous tentons vainement de nettoyer le terrain pour le futur passage des pipe-lines américaines devant transporter le brut de l’Ouzbékistan et du Turkménistan, jusqu’à la mer d’Oman en traversant également le Pakistan. C’est pas demain la veille !).

Évidemment comme le montre Jean-Christophe Victor, les pays développés (25% de la population mondiale) consomment la plupart des ressources de la planète. C’est une injustice ; mais qui va obliger ces super-consommateurs qui font la fortune de tant de multinationales à changer leur mode de vie stupide pour la simplicité volontaire des objecteurs de croissance ?

Les gouvernants eux-mêmes ne le souhaitent pas et continuent à prêcher la croissance, en l’affublant d’une image aussi verte que virtuelle. Il est également évident que les populations de pays émergents aspirent au même niveau de vie que les Européens ou les Américains.

Dix milliards d’êtres humains peuvent vivre sur la Terre, si chacun se contente du minimum vital et social (qu’il faudrait peut-être définir précisément). Mais comme personne n’est capable d’imposer cela à toute l’humanité, c’est-à-dire bien sûr aux plus riches, tous ces discours apaisants sont en fait criminellement hypocrites.

Rappelons ces citations du Mahatma Gandhi :

« Vivre simplement pour que d’autres, simplement, puissent vivre.»

« Il y a suffisamment dans la nature pour les besoins de chacun mais pas pour la cupidité de tous. »

Précisons qu’à l’époque de cette dernière sentence, la planète comptait moins de deux milliards et demi  d’individus !

« La Terre peut nourrir 30 milliards d’individus  s’ils devaient vivre comme les habitants du Bangladesh, et seulement 700 millions s’ils devaient tous vivre comme des Européens ». Le Quid 2001.

« Après moi le déluge ». Ce sera le déluge des armes de destructions massives et j’espère donc ne pas vivre trop longtemps afin de ne pas voir ça. Pourtant, après la deuxième guerre mondiale, des gens encore pleins de bon sens et d’humanisme, issus de la Résistance, avaient essayé de faire en sorte « de ne plus jamais voir ça » !

Rappelons qu’il ne s’agit pas de sauver la planète, elle se débrouille très bien toute seule ; elle ne cessera de bousculer les terres et les mers bien plus que ce que l’homme est capable de faire. Il s’agit de sauver l’humanité. Mais si l’humanité ne fait rien pour se sauver elle-même, c’est que, comme les dinosaures, elle ne mérite pas de bénéficier des bienfaits de Gaïa.

N’en déplaise à Jean-Christophe Victor.

Annaba, auteur de « Journal incorrect ».