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"Je pense qu'il n'y a personne qui ait rendu plus mauvais service au genre humain que ceux qui ont appris la philosophie comme un métier mercenaire". Sénèque.

Luc Ferry, docteur en sciences politiques, philosophe, ancien ministre de l’Éducation nationale (vous aviez déjà oublié ?), donne (gratuitement ?) son opinion dans Le Figaro du 30 décembre : « Le Vieux Continent doit répondre aux défis de la mondialisation ».

Il faut vraiment être un mercenaire pour faire ainsi de la propagande pour la mondialisation. Le Figaro n’a pas dû le payer  bien cher vu que tous les médias depuis les années 80 et la grande découverte de l’Économie Monde, ne cessent de nous rabâcher la même litanie. Comme je m’épuise moi-même à les contredire, je ne pouvais que renvoyer le philosophe à ses chères humanités. Certes l’Économie politique est, comme son non l’indique, politique, et nullement scientifique, c’est pourquoi n’importe qui peut dire n’importe quoi, comme dans Le nouvel ordre économique (1992), où Luc Ferry semble souhaiter que l’économie continue à exploiter ad vitam aeternam et jusqu’au trognon les hommes et la nature.

« Attention aux faux prophètes, c’est à leurs fruits que vous les jugerez » Matthieu 7, 15 ; certains grands penseurs devraient en prendre de la graine (de sénevé bien sûr).

Et malheureusement, nous subissons chaque jour les mauvais fruits de la mondialisation, c’est le cas de le dire, avec tous ces produits alimentaires venus d’on ne sait où, gorgés de pesticides, d’engrais chimiques et autres poisons encore plus redoutables.

Donc, pour Luc Ferry le Vieux Continent doit répondre aux défis de la mondialisation ; mais ça fait trente ans qu’on est dedans jusqu’au cou, c’est-à-dire dans l’endettement maximum pour alimenter les caisses sociales où les cotisations se raréfient suite aux délocalisations d’un nombre toujours plus croissant d’entreprises françaises (notre véritable croissance elle est là). Luc Ferry le sait très bien :

« Il est maintenant urgent que nos concitoyens comprennent enfin que l’entrée dans le circuit du commerce et de l’économie internationale de l’Inde et de la Chine, c’est-à-dire de deux milliards et demi de pauvres qui travaillent jours et nuits pour des salaires de misère sans bénéficier de la moindre protection sociale, ne peut pas ne pas attaquer de plein fouet nos vieux  États providence ».

D’abord l’économie internationale ne date pas d’hier, elle a toujours existé. Certes, jusqu’au milieu du siècle dernier elle a surtout pillé les colonies. Et ces anciennes colonies ainsi que la plupart des pays « pauvres » gorgés de richesses le sont toujours, par  les multinationales dirigées par la Finance mondiale anonyme, ces nouveaux colonisateurs dotés d’encore moins de scrupules que les précédents, et qui comme Attila, là où ils passent, même dans les pays anciennement industrialisés, l’herbe (en l’occurrence les entreprises) ne repousse plus.

Luc Ferry se rend donc bien compte qu’il s’agit d’une concurrence déloyale. Mais lorsque l’on est « attaqué », l’on se défend. Or l’on assiste au contraire à un fatalisme généralisé et entretenu par la Droite et la Gauche traditionnelles et par tous les médias. Il n’y aurait rien à faire. À chaque fois qu’un quidam parle d’instaurer un minimum de protectionnisme, c’est un tollé, comme si cela allait provoquer l’effondrement de notre économie. Elle s’est déjà effondrée depuis longtemps et nos acquis sociaux sont chaque jour grignotés malgré le surendettement de l’État. Pourquoi ce tollé ? Parce que la Gauche a rejoint la Droite dans la glorification de cette mondialisation qui n’est que financière et non-économique ; l’on a vu d’ailleurs ses faramineux dégâts, surtout chez les plus pauvres et dans la classe moyenne. Et ce n’est évidemment pas fini. La preuve de cette connivence : les directeurs de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et du FMI (Fonds monétaire international), dont les membres ne sont évidemment pas élus, mais cooptés parmi les politiques et les dirigeants des multinationales, sont des socialistes français.

« Tous les gouvernements européens, quelle que soit leur couleur politique, vont devoir affronter [la mondialisation] au cours de la décennie qui vient ». Mais le philosophe ne dit pas comment.

Mais heureusement que le FMI est là, grâce à l’aide financière internationale certains pays de l’Europe vont être sauvés. C’est complètement faux ; c’est justement parce que les États empruntent à n’importe qui, n’importe où, que les créanciers leur font du chantage aux taux d’intérêt. Avant la France empruntait (peut-être moins, mais il n’y avait pas de délocalisations sauvages), à la Banque de France ou à des banques nationales. Mais depuis, grâce à des Giscard, des Clinton (qui a fait financer sa campagne par la grande banque américaine Goldman Sachs, le champion des subprimes), et d’autres après eux, toutes les règles de surveillance des groupes financiers ont été peu à peu supprimées. Et malgré les promesses et les discours, rien n’a véritablement changé.

Enfin, « Le couple franco-allemand reprend du poil de la bête, il est le seul en Europe à posséder le poids économique et financier suffisant pour commencer de mettre en place des actions un tant soit peu efficaces ».

L’Allemagne oui, en ce qui concerne la France, c’est ce que nous font croire les médias. Pourtant l’activité industrielle de la France représente moins de 15% du PIB alors qu’en Allemagne elle dépasse les 30%, et si l’Allemagne exporte en Chine autant qu’elle en importe, la France y vend plus de deux fois moins que ce qu’elle y achète (Le Monde du 5 novembre 2010).

Il est sûr que les lendemains en France seront beaucoup plus malsains qu’en Allemagne. C’est sans doute la faute des citoyens qui par facilité écoutent des médias trompeurs, vendus on se demande bien à qui, mais c’est surtout à ces irresponsables politiques qui nous mènent en bateau depuis si longtemps, toujours aussi impunément, qu’il faudra bien réclamer des comptes.

Annaba, auteur de « Journal incorrect ».