surpopulation

Il faut croire qu’elle fait peur la bombe de la surpopulation, pour que médias et politiques mentent si effrontément à son sujet. D’abord on n’en parle pas. Et lorsqu’on ne peut faire autrement (statistiquement 2011 verra la population  mondiale dépasser les 7 milliards d’individus, selon Aujourd’hui en France du 8 janvier), alors on se sent obligé de rassurer les gogos.

C’est ainsi que selon un directeur de recherche à l’Ined (Institut national d’études démographiques), la Terre pourrait supporter dix milliards d’humains en 2100.

« C’est à notre portée. Physiquement on ne manque pas de place et il devrait être possible de nourrir tout le monde ».

Que la Chine, les Etats-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite et d’autres achètent des dizaines de millions d’hectares de terres cultivables à Madagascar, en Afrique ou en Indonésie, pour nourrir demain leurs populations respectives, cela n’interpelle pas ce chercheur en chambre.

Puis il se dérobe par une lapalissade qui ne peut que lui retomber durement dessus :

« Quand aux ressources et à l’environnement, les dégradations sont jusqu’ici dues aux activités du milliard d’habitants des pays industrialisés. Si les sept milliards d’habitants adoptaient le mode de vie de ces pays, la Terre ne tiendrait pas longtemps. La vraie question, celle dont dépend la survie de l’humanité à terme, est finalement moins celle du nombre d’hommes que celle de leur mode de vie. »

Tu l’as dit bouffi ! Et ça veut dire que tout ce qu’il a dit avant c’est du pipeau.

Car il sait très bien que non seulement il est impossible d’imaginer que le milliard de repus et de sur-consommateurs de la planète fassent un pas vers la sobriété, mais ils sont même en train d’être rejoints par un ou deux autres milliards d’habitants des pays émergents : et pourquoi se gêneraient-ils ?

D’autre part, la production agricole mondiale, mis à part les gaspillages et les spéculations, pourrait en effet nourrir dix milliards de personnes, mais quelle est la qualité de cette nourriture gorgée de pesticides et d’engrais chimiques, et tellement consommatrice de gas-oil ?

Si l’humanité veut survivre avec dix milliards d’individus, il faut qu’elle s’abstienne d’utiliser toute ressource qui n’est pas renouvelable ; or seul l’énergie solaire l’est totalement.

« La Terre peut nourrir 30 milliards d’individus  s’ils devaient vivre comme les habitants du Bangladesh, et seulement 700 millions s’ils devaient tous vivre comme des Européens ». Le Quid 2001.

Alors arrêtons de dire n’importe quoi et de prendre nos rêves pour la réalité, dans le seul but de faire croire qu’on a le temps de voir venir, ce qui est faux : il y a urgence à changer nos mentalités, à s’engager dans la simplicité volontaire, dans la frugalité, et de revenir à la terre nourricière (voir blog précédent « Réponse à Stéphane Hessel »).

On peut donner à (mal) manger à dix milliards d’êtres humains, mais pas avec la mentalité égoïste de l’homme, et surtout pas non plus avec sa frénésie à en vouloir toujours plus. Rappelons ces citations du Mahatma Gandhi :

« Vivre simplement pour que d’autres, simplement, puissent vivre.»

« Il y a suffisamment dans la nature pour les besoins de chacun mais pas pour la cupidité de tous. »

Précisons qu’à l’époque de cette dernière sentence, la planète comptait moins de deux milliards et demi  d’individus !

Je suis tout à fait disposé à vivre comme un Bengali. J’ai peu de besoins, même si, par facilité, je profite encore trop de ce confort superfétatoire qui nous est, à nous Occidentaux, proposé 24 heures sur 24 par les prédateurs de la publicité.

Mais je ne veux pas être le dindon de la Grande farce de l’humanitaire et du Développement durable. Je vivrai comme un Bengali lorsque les plus fortunés dont on voit la gueule dans les magazines « people », auront donné l’exemple.

C’est bien sûr une promesse de Gascon, parce que  ce n’est pas demain la veille !

Et d’une façon plus générale, faire entendre raison à tous ces benêts conditionnés comme des chiens de Pavlov par des politiques corrompus et des médias asservis à la Finance-Mafia mondiale, est une véritable gageure.

Il semble malheureusement évident que lorsque mes compatriotes pratiqueront la « simplicité » et la « sobriété », elles ne seront pas « volontaires », mais imposées par une réalité catastrophique pour toute l’humanité, ou plutôt pour ce qui en restera.

Philippe Annaba, auteur de « Journal incorrect 2005-2008 »