Les dérives de la  mondialisation sont concomitantes à celles de la Finance après sa dérégulation. Le marché ultralibéral a dicté son unique et inique loi par les diktats de l’OMC (organisation mondiale du commerce) et du FMI (Fonds monétaire international), consistant à supprimer partout dans le monde les barrières douanières. Comme les mille milliards de dollars, de plus en plus virtuels, qui circulent chaque jour de par le monde, les marchandises peuvent donc se fabriquer là où la main-d’œuvre est ridiculement bon marché, et se vendre où est la demande, même jusqu’au bout du monde. Cela n’est possible que grâce au développement de l’informatique, qui permet de déplacer en un clic des fortunes, d’en créer d’artificielles comme les subprimes et la titrisation (créances douteuses transformées en titres financiers émis sur le marché des capitaux), et en ce qui concerne les marchandises, grâce au pétrole encore bon marché, alors que cette énergie fossile est polluante, qu’elle n’est pas renouvelable et que les stocks s’épuisent. La force de la propagande moderne, par les médias et la publicité doit être véritablement fantastique pour que les citoyens acceptent cet état de fait comme si c’était une loi divine ou quelque chose d’inéluctable. Ça rappelle le manque de réaction des ouvriers et des syndicats vis-à-vis du machinisme qui a dès l’origine été présenté comme la panacée, sans jamais en révéler les conséquences néfastes. 

Il est étonnant que cette domination si intolérable de la technique soit si bien tolérée et qu’elle n’aie produit aucune « résistance », ni aucun acte terroriste depuis la révolte des ouvriers, à Lyon en 1806, qui ont fracassé et brûlé une machine à tisser « Jacquard », ainsi que les « luddites » en Angleterre en 1811, qui engagèrent une véritable guerre contre les fabriques.

Et personne, bien sûr, ni à cette époque ni aujourd’hui, n’a pensé à taxer les produits fabriqués par ces nouvelles machines, afin de financer des formations pour ceux qui en seraient victimes, ou pour alimenter les caisses de solidarité sociale.

Évidemment parce que l’objectif de ces machines est de faire tomber le coût de production afin d’être compétitif. Même si la taxation sur la production des machines, n’aurait évidemment pas été appliquée sur le marché extérieur.

Mais la recherche du profit à court terme étant le seul objectif, aucun système privilégiant l’homme par rapport à la machine n’est donc possible. Cela signifie que toute l’économie mondiale repose depuis des siècles sur un système de négation de l’être humain.

La machine venant au secours de l’homme, devait le libérer du travail pénible et réduire son temps de labeur. Certes pendant longtemps les économistes, qui ne sont pas à une contre-vérité près, ont assuré que le progrès technique créait autant d’emplois qu’il en supprimait.

On vient de voir les limites de cette profession de foi avec l’informatique et encore plus avec les délocalisations, puisque même les services aujourd’hui sont délocalisés dans les pays à main d’œuvre bon marché. Le machinisme et les délocalisations  continuent à supprimer aujourd’hui bon nombre d’emplois. Les systèmes de retraite, de santé et de prestations sociales de redistribution se voient ainsi progressivement taris à la source, et ce, au plus grand bonheur de la finance dont le seul objectif est de niveler par le bas les salaires qu’elle ne considère que comme une simple variable d’ajustement.

L’entrée de chaque produit étranger sur le territoire devrait faire l’objet de négociations, afin de garder une balance du commerce extérieur équilibrée (comme en Allemagne). C’est pour cela que cet instrument à été conçu, alors que depuis des décennies son déséquilibre ne semble inquiéter personne. Pourtant il révèle directement la conséquence des délocalisations, et représente la première cause de l’endettement faramineux de l’Etat.

Les médias montent en épingle les quelques PMI qui innovent et embauchent. C’est un phénomène marginal, sinon il n’y aurait pas en France plus de  4 millions de demandeurs d’emploi et un million et demi de bénéficiaires du RSA. Et c’est la même situation dans tous les anciens pays industrialisés, à par l’Allemagne (encore une fois, mais rappelons que ce pays possède un potentiel industriel de plus de 30 % de son PIB et que la France, à peine 15 %).

Pour l’économie libérale, à la différence de l’idéologie absurde de l’ultralibéralisme financier qui sévit depuis les années 80, l’industrie nationale doit être défendue et les accords commerciaux avec l’extérieur doivent résulter de contrats qui apportent un intérêt pour les deux parties.

Les citoyens vivent en pleine schizophrénie. On ne cesse de leur parler de solidarité, d’entraide, et de leur tendre moult sébiles pour qu’ils y aillent de leurs aumônes. Mais ils sont pourtant soumis à une logique économique qui considère l’homme comme obsolète, et dont la force de travail ne vaut que  2 euros l’heure, le prix de la main-d’œuvre au bout du monde.

« L'homme est forcément moins performant et moins utile qu'un ordinateur… »  M. G. Dantec.

Seuls « Les moyens de production », les machines, valent quelque chose, c'est-à-dire le capital.

L’un des derniers exemples de la stupidité de ce système est l’installation dans les supermarchés de caisses automatiques.

Et que font les syndicats, la gauche, l’extrême gauche, les alter mondialistes, les objecteurs de croissance et autres, devant ce scandale des caisses automatiques ?

Ils ont peur qu’on leur dise qu’ils sont contre le progrès ?

Et bien oui, il faut être fier d’être contre le progrès quand celui-ci déshumanise et met des familles entières dans la précarité. Tous les gens sensés, de quelque bord qu’ils soient, devraient manifester devant ces Temples du Profit Mondialisé jusqu’à ce que ces machines soient mises au rebut.

La prééminence de la technique au service du seul profit rend l’homme dérisoire.

À l’évidence, c’est la machine et le capital qu’il faut taxer et non le travail.

Alors comment gérer le partage « juste » entre le capital et le travail ? Par l’autogestion ; mais l’utopie de 68 a été engloutie dans l’euphorie de la croissance du pouvoir d’achat. On voit ses limites lorsqu’il n’est plus entretenu que par l’endettement public et la pression fiscale sur la seule classe moyenne. Parce que pour la finance mondiale, qu’importe ceux qui achètent. L’épargne de la classe moyenne ne les intéresse pas, puisqu’ils savent aujourd’hui créer tout l’argent qu’ils veulent. Ils incitent donc les gouvernements à taxer toujours plus la classe qui travaille, afin que par la redistribution, les chômeurs et autres exclus puissent consommer aussi. Les banques gagnent sur tous les tableaux. D’ailleurs, là où les commerces et les artisans ferment leur boutique, seules les banques s’installent. La vérité est peut être dure à accepter, mais la classe moyenne entretient les très riches et les très pauvres, ces dernier ne payant pas d’impôt pour des raisons évidentes et les premiers non plus, parce que les lois sont faites pour eux ou pour des raisons inavouables. La classe moyenne, (certes avec les salariés des pays émergents), représente donc les esclaves d’aujourd’hui, et personne ne se soucie d’elle, mais jusqu’à quand ?

Chev_nementDans son dernier livre La France est-elle finie ?, Jean-Pierre Chevènement dit : « Je crois à une secousse morale et politique d’une magnitude sans doute inégalée depuis un demi-siècle. Si la crise est le problème, elle est aussi la solution pour sortir de l’impasse néolibérale ».

Philippe Annaba, auteur de « Journal incorrect »

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