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Suite à l’article du 17 février dernier sur ce blog (La télévision deviendrait-elle intelligente ?), Marianne du 19 février se met de la partie avec l’éditorial de Jacques Julliard, qui voit un nouvel apartheid avec la paupérisation qui s’installe de plus en plus dans les pays anciennement industriels et en particulier en France : « 750 € par mois. Voilà ce que gagne, à l’ère de la mondialisation heureuse et du libéralisme triomphant, un salarié français sur quatre ». Julliard relève l’ensauvagement social et moral du capitalisme actuel, même si ça fait plus de vingt ans que la Finance mondiale détruit l’environnement et crée la misère là où elle passe pour  faire un maximum de fric, comme nous l’expliquons depuis des années sur ce blog. Selon l’éditorialiste, ces précaires constituent l’ « armée de réserve du capital ». En fait, seulement du capital investi dans des services ou des secteurs qui ne peuvent pas être délocalisés. Parce que Monsieur Julliard, vous savez bien que comme son nom l’indique, « l’armée industrielle de réserve » au sens de Karl Marx, est déjà depuis longtemps en Chine et en Inde, elle a été chassée de France parce que les syndicats, justement, empêchaient les capitalistes d’« accumuler du capital » à leur aise.

L’idéologie du capitalisme sauvage a tout fait, avec l’aide des  médias à la botte des multinationales, pour diaboliser le protectionnisme même modéré, contractuel, et c’est ainsi que dans l’éditorial en question, pas une référence à ce mot tabou ni aux délocalisations d’entreprises.

Mêmes non-dits dans l’Express du 12 février « Comment la Chine envahit l’Europe ». La fabrication de nos produits de consommation en Chine a généré des milliardaires et a permis à ce pays communiste de devenir le créancier du reste du monde et donc un interlocuteur incontournable, qui peut imposer ses vues tout en continuant à se soucier des droits de l’homme comme de sa première chaussette, alors que le peuple est littéralement réduit en esclavage.

Dans Thalassa du18 février un reportage montre ces milliardaires mafieux chinois, main dans la main avec des apparatchiks communistes, qui contre d’imposants bakchichs leur  attribuent des terrains, en expulsant les pécheurs, les paysans et tous ceux qui depuis des générations habitaient ces terres déshéritées. Des zones entières sont ainsi transformées en paradis pour touristes, en nouvelles cités, en nouvelles usines ou réservées à l’extraction minière ou à l’agriculture intensive.

Évidemment, comme il s’agit de mondialisation, toutes ces turpitudes politico-financières ne concernent pas que la Chine. Il s’agit bien en fait, de la mondialisation de la mafia politico- financière. Aucun pays n’est épargné. Nous faisons nos gorges chaudes sur les affaires de la famille Ben Ali, mais c’est ainsi partout depuis vingt ans. Malgré les discours et les conventions signées, les paradis fiscaux prospèrent. Dans le Monde du 25 février, il est révélé que l’économie souterraine représente la moitié du PNB indien, d’où évasions fiscales et corruptions : « l’île Maurice, ce paradis fiscal bien connu des Indiens, y est le premier investisseur étranger, loin devant les Etats-Unis, la Chine ou l’Europe. Comment de telles sommes peuvent-elles- sortir du pays ? En majorité grâce aux fausses facturations émises par les exportateurs ». C’est-à-dire grâce aux prix de transfert, une notion déjà détaillée dans le blog du 14/12/2009 intitulé « Le sommet de Copenhague ne peut qu’accoucher d’une souris ».

Le Monde du 25 février dernier, décrit également la mainmise par le pouvoir et ses proches sur l’économie turque. Le taux de croissance des entreprises se réalise sur le dos de l’Union européenne, elles « ont tiré profit de l’Union douanière signée entre la Turquie et l’Union européenne en en 1996, la Turquie réalisant près de 50% de ses exportations vers les pays de l’Union. Le groupe Sanko, simple PME il y a vingt ans, emploie 14000 salariés, fabrique des climatiseurs, du film d’emballage etc. »  Les règlementations fiscales et environnementales n’y sont pourtant pas les mêmes que dans l’Union. La tradition y favorise « l’instinct clanique : on sert d’abord les siens », dit un chef d’entreprise français, installé depuis plus de vingt ans en Turquie. Grâce à la mondialisation la pieuvre mafieuse prolifère et étend ses tentacules sur toute la planète. 

Avec plus de vingt ans de retard, bientôt, les journalistes de la presse écrite, de la radio et de la télévision vont finir par se rendre compte que l’ouverture systématique de toutes les frontières, l’avènement de l’Économie Monde n’est pas la panacée. La mondialisation, un dangereux leurre, qui par la spécialisation à détruit toutes les économies locales. Ses cyniques idéologues ne se sont jamais souciés que le monde qu’ils créaient, devait inéluctablement s’effondrer avec  l’augmentation du prix des énergies fossiles.  

ANNABA, auteur du "Journal incorrect"