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Le camp des saints,de Jean Raspail, publié en 1973 est réédité par Robert Laffont. C’est une fiction, un roman, qui raconte l’exode d’un million d’Indiens qui quittent leur pays à bord de trois paquebots rongés par la rouille et en fin de vie. Sur leur parcours, les Australiens affrètent leur marine pour les dissuader de s’approcher. Idem devant l’Afrique du sud de l’époque. Mais pour ces Indiens affamés, la terre promise c’est la France. Et trois mois plus tard ils y débarquent, sous les vivats de la Gauche et de l’Eglise réunies, et de la lâcheté terrorisée de la Droite. C’est une épopée fantastique et cruelle qui révèle, en 1973 déjà la perte du bon sens des dirigeants et de l’intelligentsia parisienne.

Évidemment les choses ne se sont pas passées comme cela.

D’abord, les Indiens n’ont pas besoin de nous, ce serait presque le contraire. Ensuite, ce flux d’immigration clandestine ne s’est pas effectué brusquement, mais en trente ans et, à l’évidence, a très  largement dépassé le million d’individus. Ils venaient de moins loin, d’Afrique, et donc plus aisément.

Le résultat est le même, mais bien moins spectaculaire, du moins pour l’instant. Pas de quoi fouetter un chat, mais les bien-pensants s’en offusque encore plus qu’en 1973. Étonnant non ?

Pour Le Pointdu 17 février, Jean Raspail ne voit dans « la passivité occidentale face à cette armada de miséreux, que "la fin du monde blanc" ». Ce n’est sans doute pas la fin du monde blanc, mais en France, cela a contribué à l’extinction petit à petit  de nos acquis sociaux, qui se réduisent proportionnellement à l’augmentation des postulants.

Mais bien sûr, cela, notre intelligentsia ne veut pas le voir, terrorisée à l’avance par les anathèmes de toutes les associations bien-pensantes, dont on peut s’interroger sur les motivations profondes. Jean Raspail, dans la préface de la nouvelle édition dit qu’« en 2050 les gens d’origine extra-européenne représenteront plus de 50% de la population active, ce ne sera donc plus la même civilisation ».

Patrick Weil, un grand professeur, historien et spécialiste de l’immigration, appelé à la rescousse, affirme péremptoirement, comme tous ces chercheurs en eau bénite médiatisés, qu’« une très récente étude du think thankaméricain, Pew Research Center projette que les musulmans représenteront 10% de la population française en 2030. Tout le reste relève du pur fantasme visant à faire peur ».

Heureusement pour ce professeur, que depuis bien longtemps, le ridicule ne tue plus. D’abord il est risible d’aller chercher ses arguments dans une boîte à idées au fin fond des Etats-Unis !

En fait les statistiques ethniques et religieuses étant interdites par la loi et la CNIL en France, ce cher professeur en est réduit à faire les poubelles des Américains, qui eux, en ce qui les concerne, établissent toujours des statistiques ethniques, qui sont d’ailleurs l’outil essentiel de leur politique d’intégration, incontournable pour ce pays qui est né avec le multiculturalisme ( le fameux melting pot), ce qui n’est pas le cas de la France.

À singer les Américains, de gré ou de force, l’on s’enferre avec eux dans les mêmes problèmes insurmontables.

En fait c’est n’importe quoi Monsieur le professeur, dans un La Croix de 1975, le nombre des musulmans était déjà estimé à quatre millions ! Et de toute façon ce n’est en aucun cas le problème, la plupart des musulmans vivant en France aujourd’hui sont Français. Le problème ce serait plutôt le fondamentalisme religieux, et certes les médias semblent bien timorés devant les exactions des islamistes en Algérie, où quelques convertis au catholicisme se font massacrer, et en Egypte, avec le calvaire que subissent depuis des décennies les coptes, des chrétiens qui sont là depuis les tous débuts du christianisme. Évidemment, Jean Raspail ne pouvait pas en parler en 1973, d’autant plus que les immigrés clandestins du Camp des saints sont des hindous.

C’est ainsi que pour le journaliste du Point, Le camp des saints « navigue avec ce sujet dans des eaux les plus troubles ».

Notre intelligentsia est définitivement indécrottable. Certes ce n’est pas nouveau, déjà Voltaire, s’apprêtant à quitter ce monde disait « Nous laisserons ce monde-ci aussi sot et aussi méchant que nous l’avons trouvé en y arrivant », (cité par Arthur Schopenhauer dans Aphorismes sur la sagesse dans la vie).

Philippe Annaba, auteur de « Journal incorrecte ».