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Prix Nobel de littérature en 1998, José Saramago, avant de mourir en juin 2010, à 88 ans, nous  a laissé son dernier livre : « Caïn ».

La sensibilité de l’écrivain portugais était proche du parti communiste et du mouvement altermondialiste. Mais c’était surtout un homme libre. À une époque, il eut quelques démêlés avec les autorités portugaises pour ses pamphlets sur l’Église catholique et le christianisme en général.

« Caïn » est un livre rafraichissant, où l’humour sert à nettoyer notre esprit miné par des légendes absurdes venues du fond des âges. « Caïn » fait penser aux « Aventures de Dieu » de François Cavanna qui en 1976, nous avait déjà fait bien rire. Mais le dernier livre de Saramago est beaucoup plus caustique, et il ne veut pas seulement faire réfléchir en s’amusant, il s’agit aussi de détruire définitivement le mythe biblique :

« La Bible est un manuel de mauvaises mœurs […] Sans la Bible, nous serions autres, probablement meilleurs ».

La logique de Sarmago démontre irréfutablement l’incohérence du récit biblique. On a beau le tourner dans tous les sens, on ne peut y trouver quoi que ce soit de sacré. Tout y est si misérablement humain, qu’aucun symbole révélant une quelconque transcendance ne peut s’y cacher.

Par exemple, comment Dieu peut-il faire un pacte avec le Diable pour tenter Job, un homme bon, probe et très religieux. Comment un Dieu, pour s’assurer qu’Abraham lui est bien soumis, peut-il lui demander de sacrifier son fils ? En fait ces situations ne sont que des « copiés-collés » de traditions orales perdues dans la nuit d’autres temps et d’autres lieux,  sumérienne et égyptienne entre autres. Et Caïn, finalement, est fatigué de cette rengaine : « Les desseins de Dieu sont impénétrables »

« Caïn » est une œuvre salutaire. Ce début de XXIe siècle avait bien besoin d’un nouveau Voltaire. José Saramago est mort mais il nous laisse un testament, son Antitestament : éloignez-vous du monothéisme biblique, il a déjà fait trop de mal.

Mais voilà que Le Point du 10 février 2011, « est offusqué », et trouve dans ce livre, « des phrases en trop », comme celle-ci :

« Tu sais bien que ce peuple a un penchant pour le mal ».

L’auteur de l’article du Point nous dit « que Saramago réprouve le Très-Haut jusqu’à l’insulter, passe encore, quoique amèrement […] mais difficile de fermer les yeux sur ses offensives dirigées non plus vers Dieu, mais vers son peuple ».

D’abord, l’on ne peut insulter un Dieu auquel l’on ne croit pas !

Ensuite, cette fameuse phrase est la parole de Yahvé Lui-même, qui, en fait, dans la Bible, ne cesse d’invectiver son peuple.

Il y a quelques siècles, si l’on se moquait des chrétiens ou de l’Église, l’on risquait fort de finir sur le bûcher. Aujourd’hui, heureusement l’on est libre de critiquer l’Église, son chef et ses fidèles, mais on dirait qu’on n’en a pas encore fini avec l’obscurantisme : il est encore interdit de se moquer des musulmans et des juifs. Heureusement il nous reste les bouddhistes. Mais ce n’est pas drôle, on ne sait pas trop quoi leur reprocher.  

Philippe Annaba, auteur de « Bienheureux les enfants de la Mère », Les Presses du Midi.