Bill_Gates

Dans Aujourd’hui en France du 4 avril, « Le philanthrope Bill Gates vient faire des émules en France ».

Mais en France, Monsieur le multimilliardaire, la totalité des sommes données à des fondations n’est pas exonérée d’impôts.

Et heureusement, il faut bien qu’il reste des recettes à l’Etat  pour payer la santé, l’éducation gratuite, et bien d’autres choses, c’est-à-dire la pure justice, des prestations sociales qui n’existent pas, ou bien peu, aux USA, alors que le quart monde, lui, y est bien présent. La charité n’a rein à voir avec la justice, elle satisfait l’ego, favorise des causes au détriment d’autres, sur des critères émotionnels, culturels, religieux, politiques etc. Si chacun, au lieu de payer des impôts pouvait donner la même somme à qui il voulait, quelle catastrophe ! La charité par milliards de dollars faite par des patrons de multinationales qui ont le plus souvent détruit la biodiversité, exploité des dizaines de milliers de salariés et des ressources naturelles non renouvelables, dans le seul but d’accumuler des fortunes dont ils ne savent plus quoi faire, est d’une incommensurable indécence et le signe évident de l’incroyable incohérence de ce système économico-politique.

Bill Gates va en Afrique, pour « à travers sa fondation, multiplier les projets auprès des plus démunis […] comme la construction de maternités ». Il ferait mieux de construire des centres d’éducation à la contraception : selon Le Monde du 1er avril, à Kibera, bidonville de Nairobi au Kenya, où « Daniel Anyumba gagne entre 1 et deux dollars par jour […] Il regrette de n’avoir encore que cinq enfants quand ses voisins en ont entre sept et treize. À Kibera, c’est notre seule richesse dit-il ».

Dans l'article d'Aujourd'hui en France, Bernard Arnault joue au mécène avec ses millions d’euros échappés à l’impôt et qu'il ne sait plus où placer à cause de la crise. Pour 100 millions d’euros il se paye un musée d’art contemporain (Fondation Louis Vuitton). De l’Art-Bluff, du Pipi-Caca, digne des enfants des maternelles, mais qui ne cesse de monter dans les ventes aux enchères. Notons en passant que le leader mondial du luxe dont les usines sont en Chine, a le culot de demander aux Pouvoirs Publics de traquer les contrefaçons chinoises !

À propos de la Chine, même journal, Pierre Priolet sort un livre : Les fruits de ma colère. « Ce petit arboriculteur de la Vallée de la Durance, pris à la gorge, en a été réduit à arracher ses vergers aux tractopelles […] Il décrit un monde paysan qui se meurt, infantilisé par les subventions et pris en étau entre les méthodes d’achat impitoyables de la grande distribution et des normes phytosanitaires européennes de plus en plus strictes. Quitte à ouvrir un boulevard à la concurrence. Car produire aujourd’hui des pommes en France, c’est aussi lutter contre la Chine, premier producteur mondial ».

Tout ça tout le monde le sait bien sûr depuis des années, mais rien ne change. Les politiques se foutent de leurs électeurs.

Et les électeurs le méritent bien, puisqu’ils ne descendent dans la rue que pour défendre quelques privilèges anachroniques ou des clandestins amateurs de prestations sociales.

Philippe Annaba, auteur de « Journal incorrect »

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