Emeutes-Londres

Les habitants des pays développés deviennent difficiles ; ils refusent les travaux fatigants et sales, et sont bien contents que de la main-d’œuvre étrangère les remplace dans ces tâches dégradantes et mal payées.

Les entreprises supportent mal les augmentations de salaire et les améliorations des conditions de travail réclamées sans cesse par des syndicats prompts à la grève. Ils recherchent donc une main-d’œuvre étrangère, moins revendicative, parce que n’ayant pas les moyens de supporter financièrement des jours de grève ; sans parler bien sûr des clandestins.

Puis la mondialisation a permis aux entreprises d’aller chercher une main-d’œuvre encore moins chère dans des pays lointains et encore plus corvéable à merci. Hier et aujourd’hui en Chine, en Inde, au Maroc ou en Tunisie ; demain au Vietnam, en Indonésie, bientôt en Afrique. Dès que la main-d’œuvre exploitée commence à se structurer pour revendiquer d’autres conditions de travail, et que les gouvernements concernés n’osent plus les en empêcher, les entreprises déménagent. C’est ce qu’on appelle en France la « Mondialisation heureuse ».

Mais les immigrés venus en masse dans les pays développés depuis plus de trente ans (loi du regroupement familial votée en France sous Valery Giscard D’Estaing), ont eu des enfants qui aujourd’hui ont la nationalité française ou britannique, ne trouvent plus de travail et ne sont pas prés d’en trouver dans ce Nouvel ordre mondial. Il ne leur reste comme pour leurs parents, que les travaux dégradants, dans les services ou le bâtiment qui ne peuvent être délocalisés. Mais ils se retrouvent, avec l’accroissement du chômage lié aux délocalisations, en concurrence avec les « blancs ». Une situation explosive qui ne peut produire de part et d’autre que des sentiments de rancœur et de racisme. Le racisme n’a pas d’autre cause que le cynisme de la plupart des industriels et des élus, quand il ne s’agit pas aussi, pour ces derniers, du résultat de la coupable naïveté de certains et de la lâcheté des autres, face aux problèmes.

La population dans son ensemble subit les graves conséquences de ces incohérences politiques, mais les élus, eux, ne sont jamais inquiétés.

Les crises financières successives, qui relèvent de la même politique incohérente, ne peuvent qu’accroître le phénomène ; et les émeutes qui ne feront que se multiplier, cachent en fait une guerre civile larvée. Une guerre civile qui comme les précédentes fait des victimes innocentes, alors que les industriels et les élus de droite ou de gauche qu’ils financent,  refusent de faire machine arrière et de remplacer ce système économique absurde, destructeur de la politique sociale des « anciens pays industrialisés », futurs « pays sous-développés ».

La mondialisation a, en effet, enlevé à l’État non seulement les moyens de sa politique sociale, mais aussi ceux du financement de  ses services publics, de l’éducation au patrimoine national, en passant par la justice.

C’est ainsi que d’ailleurs, depuis le début de ces blogs, le leitmotiv en est « nous nous avançons lentement mais sûrement vers des lendemains très malsains ».

Mais les médias, eux, se plaisent à retransmettent des mensonges : « la classe politique et la police y voient de la "violence gratuite" » Le Monde du 10 août, ou « Londres et Villiers-le-Bel, c’est deux mondes différents » Aujourd’hui en France également du 10 août.

Philippe Annaba, auteur de « Journal incorrect ».