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« Déesse-Mère, la fin d’un mythe ». C’est un titre péremptoire des Cahiers de Science et Vie d’août-septembre.

Alain Testart, anthropologue social au Collège de France et directeur de recherche au CNRS, avec un livre sorti récemment, La Déesse et le Grain, cherche encore, après tant d’autres prétendus scientifiques, à tenter de prouver l’existence du patriarcat depuis l’origine de l’homme. Encore aujourd’hui, tout ce qui semble contredire la base de la civilisation occidentale, c’est-à-dire, La Bible, doit être nié malgré l’évidence.

Selon cet auteur, le grand nombre de figurines néolithiques représentant des femmes dotées de formes généreuses découvertes lors de fouilles, ne prouverait pas l’existence d’un culte de la Déesse-Mère, parce qu’elles n’auraient pas été découvertes dans des sanctuaires religieux mais dans des tas d’ordures, à l’extérieur des maisons. Alors qu’il est connu que les sociétés matrilinéaires, même chez les préhelléniques, ont disparu à l’arrivée de guerriers indo-européens, armés et à cheval, adeptes, en effet, « d’une organisation pyramidale et phallocratique de la société, et vénérant des dieux mâles » comme l’a écrit Marija Gimbutas dans  Le Langage de la déesse.

Les nouveaux maîtres exigeant que tout ce qui se rapportait au culte de la déesse soit détruit. Ce changement se fit d’ailleurs sur la durée, après de longs et violents combats contre les défenseurs des sociétés matrilinéaires, que révèlent d’ailleurs la mythologie sumérienne (voir Françoise Gange : Avant les Dieux, la Mère Universelle), et la mythologie grecque (voir Robert Graves : Les mythes grecs).

À l’appui de sa thèse, Alain Testart croit apporter un argument frappant : « les femmes représentées ne sont ni menaçantes ni terrifiantes […] Ces figurines ne manifestent en rien la puissance que l’on prête habituellement aux dieux et aux déesses ».

Pour un anthropologue, c’est bien mal connaître les sociétés matrilinéaires, qui n’ont jamais été basées sur la domination ni sur la violence. Ces sociétés, découvertes par les archéologues, ne montrent ni temples, ni édifices révélant un pouvoir, ni armement. Ces sociétés étaient redistributives, elles ne connaissaient pas la propriété, ni ses conséquences sociales.

C’est pourquoi le mot matriarcal qui serait opposé à patriarcal est un contresens. Le mot patriarcal étant inéluctablement associé au mot Pouvoir. On appelle sociétés matrilinéaires, des sociétés ou l’enfant est l’enfant de la mère ; le mariage n’existant pas, les pères ne savent pas à qui appartient tel ou tel enfant, si ce n’est à la mère. Le seul qui peut remplacer la mère étant l’oncle, puisqu’il fait partie de la lignée de la mère.

La mythologie sumérienne (Déesse Inanna) et la mythologie grecque, montrent la violence des déesses lorsqu’elles durent combattre les armées des dieux mâles. C’est ainsi que dans L’Épopée de Gilgamesh, contre le Héros, Inanna envoie son défenseur, le Taureau Céleste.

Mais si Gilgamesh en sort vainqueur, le symbole du Taureau, n’en déplaise à Alain Testart, s’est perpétué au cours de l’histoire et a toujours représenté le défenseur de la Mère, comme le Lion et le Serpent (celui-ci détourné en Satan, dans La Bible).

Aujourd’hui encore, la corrida est sans doute une résurgence du rite de la fête liée à la victoire de Gilgamesh.

Ce qui manque à de nombreuses recherches scientifiques, c’est l’interdisciplinarité. Que les anthropologues se tournent donc vers les spécialistes des mythologies et ils pourront ainsi mieux comprendre les vestiges qu’ils mettent au jour.

Annaba, auteur de « Bienheureux les enfants de la Mère », éditions Les Presses du Midi.