Montebourg 2Une partie des médias apportent de l’eau au moulin de la démondialisation. C’était impensable il y a quelques mois !

Dans la rubrique « Débats » du Monde du 30 septembre 2011, Jean Arthuis (président de la commission des finances du sénat), dit qu’il faut « rompre avec le déferlement de normes édictées par la loi ou par des directives européennes. Chacune de ces dispositions… consiste à se donner bonne conscience en adoptant des textes  dont la mise en œuvre n’est pas soutenable financièrement ». Il aurait pu ajouter que dans le cadre de la suppression des barrières douanières, ces normes incitent aux délocalisations et donc à la désindustrialisation du pays.

« Alors que nous avons laissé s’exiler la production, il est encore de bons esprits pour proclamer que la consommation reste le moteur de la croissance ».

Et Hervé Juvin (économiste) nous exhorte « à ne pas être les idiots de la mondialisation… à défendre nos intérêts propres, ceux des Français et des Européens. Personne ne juge mauvais que les Chinois aient une préférence pour les intérêts de la Chine [lorsqu’ils mettent un frein à leurs exportations de terres rares par exemple], ou que les Américains poursuivent avec constance l’intérêt américain. Pourquoi les Français ne pourraient pas poursuivre les intérêts de la France ?

[…] Ni protectionnisme ni libre-échangisme, le vrai débat politique et le vrai clivage opposent ceux qui se battent pour l’autonomie des peuples et ceux qui travaillent à leur asservissement aux intérêts privés. Au nom d’un internationalisme mal compris, une partie des socialistes se fait complice des forces du capital sans frontières, sans identité et sans lien. Derrière l’éloge de la mobilité il faut entendre l’esclavage, derrière le sans-frontiérisme, il faut entendre apologie des invasions et des colonisations, derrière des droits universels, il faut entendre l’extinction des peuples libres de se donner leur loi et de se nommer. Et derrière la liberté du marché, il faut voir les faux-monnayeurs, les charlatans et les usuriers qui reviennent ».

De même, dans Marianne (24-30 septembre), Jacques Julliard fait son mea-culpa : « Ce libre-échange [du traité de Rome (1957)] n’avait rien à voir avec le déchaînement du capitalisme sauvage qui, sous les couleurs du libéralisme, a submergé le monde dans les années 80. Autrement dit, à la place de l’Europe volontariste, celle des Jean Monnet mais aussi de De Gaulle, nous avons laissé se faire l’Europe de Thatcher, c’est-à-dire une non-Europe. L’élargissement progressif, voulu par les Anglais, de six à vingt-sept membres n’avait dans leur esprit qu’un objectif : noyer l’idée européenne dans l’idée libérale ; paralyser toute volonté politique en Europe au profit des Etats-Unis d’Amérique […] L’idée européenne contre l’idée libérale. Les peuples l’ont bien compris : ce fut le sens du non français et néerlandais au référendum de mai 2005 sur la constitution européenne. Je me reprocherai longtemps de ne pas l’avoir alors saisi. »

C’est pourtant ce que je m’escrime à expliquer depuis dix ans, dans ces blogs et de « Bien heureux les enfants de la Mère » à « Traité de savoir survivre à l’usage des jeunes générations ».

Le même Marianne, relève que l’ex-président de la Commission européenne, Jacques Delors, sur RTL a dénoncé l’impuissance de l’Europe dans la crise financière, alors qu’il « porta à bout de bras l’acte unique signé en 1986 qui a débouché sur un vaste marché dérégulé, ouvert aux grands vents de la mondialisation néolibérale, soumis au dumping salarial, à la circulation des capitaux et à la loi du moins disant fiscal […] Jacques Delors a honte de l’Europe qu’il a enfantée ».

Annaba