Nouvel ordre mondialCommençons par le Journal de 20h de France 2 du 1er octobre. Un reportage qui révèle le constat : en France vingt ans de désindustrialisation, avec fermeture d’usines et délocalisations ont ruiné le pays. 500.000 emplois perdus depuis 2000. Fatalité ? Non, simplement parce que nos décideurs, nos énarques et autres polytechniciens avaient « rêvé », en écoutant les sirènes de l’ultralibéralisme et du Nouvel ordre mondial, « à des entreprises sans usines ». C'est-à-dire sans syndicats et sans charges sociales ! Et cet aveu : « ils se sont trompés ».

Il est bien temps que les médias se réveillent, alors que les causes de cette crise qui angoisse tout un chacun sont à chercher dans l’incurie de ces dirigeants, qui malgré le désastre, sont encore payés  en moyenne trois millions d’euros par an !

Aveu ou nouvelle manipulation ?

Dans Envoyé Spécial qui suivait le journal, un reportage sur les « pompiers de la crise ». Tous ces élus qui se donnent tant de mal pour éviter que les agences de notations ne baissent notre note.

Sous prétexte que notre dette est de plus de 1700 milliards d’euros.

Et pourquoi nos gouvernements depuis les années 80 ne cessent-ils d’emprunter ? Par démagogie. Pour faire croire que l’Etat Providence était encore au service du peuple et pour que le peuple continue à voter pour ses représentants corrompus, chargés de réduire la politique sociale, petit à petit, jusqu’à sa suppression totale. Afin que le peuple, comme la grenouille plongée dans une casserole d’eau froide ne se rende pas compte de la température qui augmente.

Et pourquoi les gouvernements ont-ils emprunté sur les marchés internationaux plutôt qu’auprès de la Banque de France et de la Banque centrale européenne ? Pour que des créanciers extérieurs viennent un jour réclamer leurs créances et s’approprier ainsi à bon compte les services publics de ces pays dotés de politiques sociales incongrues dans un système de globalisation.

Qui peut imaginer en effet, sept à 8 milliards, sinon plus, de terriens bénéficiant tous de l’assurance maladie quasi gratuite, de la retraite par répartition, avec une médecine toujours en progrès et toujours plus chère ; sans parler du RSA, de l’APL et des allocations familiales ?

Le Nouvel ordre mondial, dont tous ces élus et commissaires européens sont les valets bien payés ne peuvent le concevoir.

Rappelons-nous que lorsque la grenouille s’aperçoit qu’elle a vraiment trop chaud, elle n’a plus la force de sauter de la casserole.

Ne laissez pas ces gens-là, avec leur cinéma catastrophe pour benêts, éteindre le feu qu’ils ont eux-mêmes allumé.

Qui a prêté ces milliards d’euros aux gouvernements composés d’inconséquents, d’incompétents, de démagogues, de lâches, d’imbéciles ou plus certainement de corrompus ?

Quelles sont ces institutions financières dont personne ne parle jamais et qui ont fleuri à partir de la présidence Clinton.

Bill Clinton s’est fait réélire Président des Etats-Unis, grâce à l’aide financière de la plupart des banques américaines et surtout de Goldman Sachs, avec comme contrepartie qu’il supprime s’il était élu, la loi que Roosevelt avait mise en place dans les années 30, après la crise de 29 (Glass-Segall Act). Ce qu’il fit en 1996 ; comme secrétaire du trésor américain, il prit Bob Rubin, un ancien de Goldman Sachs (Serge Halimi, Le Monde Diplomatique de juin 2010).

La Finance mondiale,  par l’intermédiaire des banques, à l’instar de Goldman Sachs (lire l’enquête de Marc Roche, dans Le Monde du 31 octobre 2008, sur la banque la plus puissante du monde), dicte ses ordres au FMI, à l’OMC et aux Etats.

La démocrate Brooksley Born, une femme d’une intégrité exemplaire, n’a cessé de s’élever contre la dérégulation des institutions financières parce qu’il y avait de gros risques pour la sécurité financière des Américains. Mais elle se fit humilier par Alan Greenspan (Président de la Réserve fédérale de 1987 à 2006), et par la plupart des membres de l’équipe de Bill Clinton qui, évidemment, ne l’a pas soutenue.
« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques  priveront les gens de  toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite par la récession,  jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquise ». Thomas Jefferson Président des Etats-Unis (1801-1809 !).

D’où ces institutions financières sortent-elles ces milliards d’euros ? De la même source qui a permis aux  milliardaires russes d’acheter les services publics de l’Union Soviétique. C’est l’argent de la Mafia, (qui regroupe toutes les mafias et correspond à près de 50% de la Finance mondiale) qui n’en manque pas avec les trafics de la drogue, la prostitution, les rackets, en un mot la criminalité. Avec aussi tous les superprofits réalisés grâce aux délocalisations et à l’exploitation de centaines de millions d’ouvriers mal payés dans  les pays émergents ; grâce à la surexploitation et à la spoliation des ressources naturelles des pays pauvres. Tout cet argent volé et non soumis à l’impôt grâce aux prix de transfert.

Le mécanisme est simple. Par exemple, lorsque des marchandises sont exportées de Chine, d’Inde ou de Turquie, pour être importées en France, leur prix de revient est faible. C’est à ce prix qu’ils entrent alors, comptablement et non physiquement, dans un paradis fiscal (où il n’y a pas d’imposition), pour en sortir presque au prix où ils seront vendus en France. L’énorme bénéfice, encaissé dans le paradis fiscal, n’apparaît donc pas lorsque le produit entre dans le pays où il sera vendu aux consommateurs. Le même système est utilisé pour les matières premières et les produits de l’extraction minière en Afrique et ailleurs. 

Précisons d’autre part pour les ignorants qui passent leur temps devant les séries américaines, que ces prêts faramineux sortent également de la planche à dollars, et que ce n’est pas Barack Obama ni son gouvernement qui la font tourner au gré des demandes, mais ces fameuses Institutions financières dont on ne vous parle jamais. C’est donc également de l’argent virtuel qui n’existe nulle part.

Et si tous les pays de l’Euro refusaient de rembourser cet argent volé, que se passerait-il ? Rien. À part un boycott des créanciers. Et c’est là que nous retrouvons la désindustrialisation ; nous ne sommes même plus capables de subvenir à nos besoins !

Il faudrait se serrer la ceinture, un long moment, le temps de la reconstruction de toutes nos industries vendues ou délocalisées. La grenouille en est-elle capable ou préfère-t-elle se laisser emporter par la mort, bercée par ses textos, ses Ipod, ses tablettes, ses séries américaines et ses vacances à la neige ?

Nous sommes dans la situation de la grenouille et nous perdons un temps précieux à nous indigner. Il est urgent d’entrer en résistance.

Philippe Annaba, auteur de « Traité de savoir survivre à l’intention des jeunes générations ».