Chirac 2Que la justice ait fait son travail et que l’ancien président soit condamné pour avoir favorisé la création d’emplois fictifs à la mairie de Paris du temps qu’il en était le maire, c’est tout à fait normal.

Mais cela laisse malgré tout un goût amer à tous ceux qui ont réalisé depuis fort longtemps, qu’au sein de l’Union européenne, la France a été et est encore, la championne des emplois fictifs.

Ce n’est un secret pour personne, mais il faut de temps en temps un bouc émissaire, comme dirait René Girard. En l’occurrence un vieux bouc déjà bien malade.

Pas besoin d’aller chercher bien loin ; dans Aujourd’hui en France du 13 décembre, avec le scandale du rapport sur le financement des syndicats et organisations patronales que les membres de la commission parlementaire, PS comme UMP ont refusé de rendre public. Gestion opaque des Comités d’entreprises (5 milliards d’euros par an), surtout celle d’entreprises et de services publics, comme ceux de l’EDF, de la SNCF, de la RATP « aux budgets et circuits de financement emberlificotés ». Un rapport qui révèlerait également l’abus des délégations syndicales, un grand nombre de syndicalistes détachés à plein temps, payés par l’entreprise, mais qui coûtent des millions d’euros par an aux contribuables ! Même gabegie du côté patronal avec la FNSEA et la CGPME.

De même dans Marianne du 3-9 décembre, parmi « ceux qui jettent l’argent par les fenêtres, l’Etat », qui entretient de plus en plus de « ces onéreuses autorités indépendantes… plus gloutonnent qu’efficaces » : Autorité des marchés financiers par exemple, dont le patron bénéficie d’une rémunération de 300.000 euros par an. Des Autorités administratives indépendantes (AAI) où sont casés tous les copains politiques ayant perdu leur siège ou leur portefeuille ministériel. Ces petits arrangements entre amis et même entre ennemis mais néanmoins collègues, semblent intolérables à l’heure où on s’apprête à rogner encore les aides aux plus pauvres.

Ces turpitudes font partie de la tradition des entreprises publiques et semi-publiques.

Je me souviens que dans les années 80, lorsque je travaillais à Lyon pour France 3, le siège parisien semblait tellement gonfler qu’on se demandait quand il allait exploser. Une véritable gabegie. Ce n’était pas nouveau, dès sa création, n’appelait-on pas déjà la Maison de la Radio, "Le Gruyère" ?

Au moins deux fois par semaine, je trouvais dans les notes de service, la nomination d’un nouveau conseiller. Au bout d’un moment je me mis à les classer dans un tiroir qui fut totalement rempli en quelques mois. Comme les budgets des émissions que nous devions gérer étaient de plus en plus serrés, et que nous étions toujours en train de nous battre avec l’administration pour obtenir des moyens supplémentaires, je décidai de mettre les pieds dans le plat. Ça ne servait strictement à rien et surtout pas à ma carrière déjà bien compromise, mais ça me libérait. En 1982 j’écrivis donc une lettre ouverte au PDG de France 3, André Holleaux pour lui demander quel était le rôle de tous ces conseillers grassement payés à Paris, alors que dans les centres de province, on nous réduisait le nombre de techniciens et d’ouvriers sur les tournages des émissions et les films. Une lettre ouverte qui, comme son nom l’indique, devait pouvoir être lue par tout un chacun. Me doutant bien qu’elle ne risquait pas de paraître dans le bulletin de la société, je l’affichai donc dans les couloirs de France 3 Rhône-Alpes, où elle fit son petit effet.

La réponse du PDG me parvint près d’un mois plus tard. En trois lignes, il m’assurait qu’une enquête était en cours et que j’en recevrais bientôt les conclusions. Evidement, je n’en entendis plus jamais parler.

Philippe Annaba, auteur de « Traité de savoir survivre... »