SétifPour l’anniversaire des 50 ans des accords d’Evian, tous les journaux et magazines ont rappelé le drame humain de la guerre d’Algérie, dont les blessures de part et d’autre de la méditerranée, ne se sont pas encore refermées. Mais comme les véritables responsables de cette tragédie ne sont pas mentionnés, rafraichissons les mémoires.

D’abord, les Alliés et De Gaulle, en compensation des services rendus à la nation par les légions d’Afrique et du Maghreb, avaient promis, en cas de défaite de l’Allemagne nazie, d’octroyer l’indépendance à ces peuples. Promesse qui fut tenue, sauf en ce qui concerne l’Algérie.

Ensuite, le  8 mai 1945, lors d’un défilé pour fêter la victoire des Alliés, une manifestation pacifiste d’Algériens, dont le but était de rappeler à la France sa promesse, dégénère en émeute à la suite de la mort d’un enfant tué par un policier. Cette émeute fit plus de cents morts parmi les « Européens ».

Le gouvernement français demande alors au général Duval une répression très dure afin que ce genre d’émeute ne se renouvelle pas. Ce fut le massacre de Sétif, avec entre dix mille et vingt mille morts algériens. Raymond Duval fut considéré par les Algériens comme un bourreau. Il avait pleinement conscience de ce qu’il avait fait. Il envoya une lettre au socialiste Vincent Auriol, Président de la république et à Robert Schuman Président du Conseil qui leur disait qu’il avait obéi aux ordres, mais que plus jamais il ne fallait lui demander de renouveler une telle tragédie, qu’il démissionnerait plutôt. Et il leur conseillait vivement ceci : « Je vous ai donné la paix pour 10 ans, à vous de vous en servir pour réconcilier les deux communautés. Une politique constructive est nécessaire pour rétablir la paix et la confiance.  Si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement de façon irrémédiable. »

En effet, comme l’ensemble des (ir)responsables politiques de l’époque n’en firent rien, l’insurrection de 1954 marqua le début de la Guerre d’Algérie.

Il n’y a jamais de fatalité, il n’y a que des lâches et des irresponsables.

Philippe Annaba, auteur de « Traité de savoir survivre à l’usage des jeunes générations ».