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« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux »Etienne de La Boétie.

 

Sur ce que nous avons fait au monde

et que nous faisons encore malgré les mises en garde,

nous n’avons aucune excuse,

et ne bénéficions d’aucune circonstance atténuante.

Nous sommes tous coupables.

Tous autant que nous sommes.

Sous prétexte de gagner plus ou moins notre vie,

de nourrir nos enfants diront les hypocrites,

nous sommes bien les mercenaires de nos tyrans.

Quelle profession n’est pas impliquée

dans la destruction de la biodiversité ?

Qui n’est pas consommateur de ce pétrole

et de tous ces minerais qui s’épuisent ?

Qui peut se targuer de ne pas être complice

de cette armée de tueurs à gages,

qui, en Afrique et ailleurs, éliminent les opposants

de dictatures mises en place par nos gouvernements

pour le compte de ces multinationales,

dont nous sommes les clients fidèles ;

nous gavant avec indécence

de leur malbouffe merchandisée

et nous rendant esclave, avec tant d’acharnement

de leurs si futiles gadgets ?

Dans nos bureaux, nos laboratoires, nos ateliers,

dans nos magasins,  sur nos chantiers,

nous cautionnons les pires des turpitudes,

les plus basses lâchetés

et les plus délétères compromissions,

en toute insouciance, ou avec la crainte

de perdre, parfois, un job bien rémunéré,

mais le plus souvent, un emploi précaire.

Et nous regardons sur nos écrans plats

à obsolescence programmée,

les souffrances de millions

d’hommes, de femmes, d’enfants,

victime de la guerre, de la faim,

du manque d’eau, d’expropriations,

des narcotrafiquants…de Fukushima…

Et nous nous croyons innocents…

Nous serions victimes d’aigrefins, d’élus corrompus,

d’oligarques qui complotent à notre perte.

Nous avons même l’indécence de montrer du doigt

cette Finance Mafieuse Internationale,

dont nous avons si complaisamment accepté les dictats

en nous voilant la face devant ses crimes,

tant qu’elle garantissait notre confort de petit bourgeois.

Mais c’est fini.

Car ces gens là, ont décidé de réorganiser le monde

sans nous, et contre nous.

 

Annaba, auteur de "Testament pour asticots".

Les Presses du Midi.