au Boulot

Les travailleurs français ne sont pas des fainéants. Il paraîtrait même « qu’ils affichent une productivité record » (Aujourd’hui en France du 21 février 2013). Et si les salariés de Goodyear ne travaillent que trois heures par jour, c’est que le carnet de commande est vide.

Tout cela est exact.

« Notre pays reste d’ailleurs la troisième terre d’accueil des investisseurs internationaux ». Il s’agit en fait et surtout de mafieux russes ou américains qui blanchissent leurs milliards criminels en rachetant des hôtels et des immeubles de luxe, ou de pétroliers du Moyen-Orient  qui s’approprient ainsi nos quelques entreprises innovantes… et certes, une entreprise en déclin : le PSG.

Les déclarations du patron américain de Goodyear sont donc insultantes, cyniques et provocatrices. Certes. Mais les médias réagissent comme des vierges effarouchées. Pas question bien sûr de relever nos responsabilités dans cette situation catastrophique de l’économie française.

En premier lieu, si Titan a claqué la porte, c’est face aux exigences de la CGT. Il faudra bien un jour montrer qu’une partie des délocalisations ne furent pas seulement motivées par l’attrait des bas salaires, mais à cause de l’attitude intransigeante de ce syndicat qui semble se croire encore sous les ordres de Moscou dont la volonté affichée était de ruiner l’industrie capitaliste française, entre autres. Il faut bien avouer que la France était le seul pays où un syndicat appliquait à la lettre la stratégie dictée par l’Union soviétique.

À ce sujet, rappelons la citation de Coluche déjà publiée dans un précédent blog :

« On a mis aujourd’hui le doigt dans l’engrenage pour la bouffe [Les Restos du cœur], parce que c’est facile à faire comprendre aux gens […] Le prochain doigt que je leur ferai mettre dans l’engrenage, c’est en fait contre le syndicalisme. Parce qu’en fait, il y a plein de choses qui sont empêchées d’être faites par des lois gouvernementales, et d’autres par des lois syndicales… » Coluche, le 27 février 1986, répondant aux questions des membres de la Loge Locarno 72, au siège du Grand Orient de France. Texte extrait de « Coluche » Le Livre de Poche Majuscule, page 711.

Coluche décèdera dans un accident le 19 juin de la même année.

Tous mes blogs jusqu’à présent montrent que je ne suis pas plus que Coluche un défenseur du capitalisme ultralibéral, symbolisé par l’attitude de M. Maurice Taylor. C’est pourtant une évidence que les syndicats français sont les moins constructifs du monde, et qu’ils portent une lourde responsabilité dans le manque de compétitivité du pays.

En second lieu, les médias et les Français en général semblent depuis peu se rendre compte « de la face cynique et brutale de la mondialisation ». Ce n’est pas seulement la face, c’est son caractère même. Tous mes blogs ne font qu’exprimer depuis des années l’absurdité de cette globalisation financière qui ruine tous les pays par l’extension forcenée du libre-échange total, sans aucun garde-fou, et ce grâce à l’aide de la gauche comme de la droite depuis plus de vingt ans.

Plutôt que de nous gargariser d’autosatisfaction, pourquoi les médias ne révèlent-ils pas le scandale de la Finance à qui l’Union européenne malgré les promesses (la spéculation devait être entravée, la finance encadrée, les paradis fiscaux pourchassés), ne s’attache qu’à des points de détail et ne cesse en revanche de donner des blancs-seings aux lobbies financiers. La Commission se contente d’appliquer les « recommandations » d’un Comité d’ « experts indépendants » nommés par Manuel Barroso, et où l’on ne trouve que les anciens dirigeants de Goldman Sachs, de Lehman Brothers, et autres banquiers responsables de la crise financière mondiale de 2008. Depuis cette date les États de l’Union européenne ont versé 1600 milliards d’aides aux banques, c’est pourquoi il n’y a plus d’argent pour les hôpitaux, les écoles ou les retraites…

La France comme l’Europe est le jouet des lobbies, comme lors du scandaleux renvoi, donc enterrement, de la proposition de loi de Laurence Abeille, députée EELV, visant à faire baisser la puissance des antennes relais de téléphonie mobile et d’établir de véritables contrôles.

Silence également des médias sur le catastrophique accord de libre-échange en discussion entre l’Union européenne et les États-Unis et qui devrait justement faire l’objet de débats publics.

L’Europe qui n’a jamais été capable d’harmoniser en son sein salaires, fiscalités ou charges sociales, va se retrouver en concurrence avec un système aux antipodes de notre politique sociale, évidemment pour mieux l’annihiler définitivement.

L’Europe encore, prête à autoriser de nouveau les farines animales sous le prétexte fumeux qu’elles n’ont rien à voir avec les précédentes. Alors pourquoi ne les autoriser que pour les poissons ? Et en 2015 pour les poulets et les cochons !

Pendant ce temps-là Miko, des centres d’appel et d’autres entreprises continuent les délocalisations.

Si De Gaulle voyait ça !

Il l’avait bien dit, les Français sont des veaux. Nos irresponsables politiques, démocratiquement élus, ne sont que les marionnettes, les cautions de droite comme de gauche du fascisme pur et dur des banques et des multinationales. Quant aux extrêmes, ils prônent deux ou trois remèdes d’urgence, mais n’osent invoquer la nécessité d’un changement radical de société, parce qu’ils n’en n’ont ni la volonté ni les moyens. Ils savent que le peuple a encore plus peur du changement que de ce qui l’attend : la misère, parce qu’il espère toujours que ce sera plus tard. Nous savons pourtant pertinemment qu’elle sera le lot irrémédiable de nos enfants et petits enfants, si nous n’entrons pas dès maintenant en Résistance.

Annaba, auteur de « Traité de savoir survivre… »

http://philippe.annaba.free.fr