Textes tirés de « Objectif décroissance »

                                           Editions Parangon

Le danger principal est l’incapacité de l’écosystème global à absorber tous les polluants que nous générons.

L’arrivée d’une nouvelle ressource énergétique ne ferait ainsi qu’amplifier les changements climatiques.

Ne pas puiser dans notre capital naturel semble difficile, ne serait-ce que pour produire des objets de première nécessité comme des casseroles. Mais nous avons déjà prélevé et transformé une quantité de minerais considérable. Cette masse d’objets manufacturés constitue déjà un formidable potentiel de matière à recycler. (P 10)

L’économie saine impose de cesser le gaspillage de l’énergie et de la réserver pour des utilisations vitales. La baisse de l’utilisation de l’énergie fossile entraînerait un accroissement important de la masse de travail pour les pays occidentaux, même en tenant compte d’une baisse considérable de la consommation ; la main d’œuvre bon marché des pays du tiers-monde ne nous serait plus accessible. Nous devrions alors avoir recours à notre énergie musculaire. (P 14)

Un défi pour les « riches » : difficile de se remettre en cause lorsque l’on a été élevé au biberon médiatico-publicitaire de la société de consommation… Mais 80% des humains vivent sans automobile, sans réfrigérateur ni téléphone. 94% des humains n’ont jamais pris l’avion. Nous devons donc abandonner notre mentalité d’habitants des pays riches pour nous mettre au diapason de la planète et envisager l’humanité comme une et indivisible… En fait, même si la décroissance nous semble impossible, la barrière se situe plus dans nos têtes que dans les réelles difficultés à la mettre en place. (P15)

[Le développement durable est une antinomie, c’est à dire une figure rhétorique consistant à juxtaposer deux mots contradictoires], pour faire croire à l’impossible. Ainsi une guerre propre, une mondialisation à visage humain, une économie solidaire, etc.

[Pour les industriels, pour la quasi totalité des économistes et pour la plupart des politiques], l’important est que le développement tel qu’il est puisse durer indéfiniment… Le développement soutenable est comme l’enfer, pavé de bonnes intentions. [ Selon Nicholas Georgescu-Roegen, le développement implique nécessairement la croissance et il ne peut donc être viable, durable à long terme. La notion de développement durable est la nouvelle formule magique, une charmante berceuse. ]

« Nous ne pouvons produire des réfrigérateurs, des automobiles ou des avions à réaction meilleurs et plus grands sans produire des déchets meilleurs et plus grands. » (N. G-R) (P 25)

[Quand on s’est trompé de train, il ne suffit pas de ralentir ou de stopper la locomotive, il s’agit de descendre du train et d’en prendre un autre qui va dans la direction opposée]

Il nous faut passer comme l’écrivait Bertrand de Jouvenel en 1957, de l’économie politique à l’écologie politique.

Aménager la décroissance signifie, en d’autres termes, renoncer à l’imaginaire économique, c’est à dire à la croyance que "plus" égal "mieux". Le bien et le bonheur peuvent s’accomplir à moindres frais. La plupart des sagesses considèrent que le bonheur se réalise dans la satisfaction d’un nombre judicieusement limité de besoins.

Une société qui ne poursuit que la croissance économique, favorise le développement de l’angoisse existentielle de ses habitants.

« Une personne heureuse, ne consomme pas d’antidépresseurs, ne consulte pas de psychiatres, ne tente pas de se suicider, ne casse pas les vitrines des magasins, n’achète pas à longueur de journée des objets aussi coûteux qu’inutiles, bref, ne participe que très faiblement à l’activité économique de la société » ( Hervé René Martin, La Mondialisation racontée à ceux qui la subissent, Climats 1999, page 15) (P26).

« La consommation moderne ne s’intéresse pas suffisamment aux plaisirs de la chair, n’est pas assez concernée par l’expérience sensorielle, est trop obsédée par toute une série de produits qui filtrent les gratifications sensorielles et érotiques et nous en éloignent. Une bonne partie des biens qui sont considérés comme essentiels pour un niveau de vie élevé sont plus anesthésiants que favorables à l’expérience sensuelle, plus avares que généreux en matière de convivialité, de relations de bon voisinage, de vie non stressée, de silence, d’odeur et de beauté… (Kate Soper, Ecologie, nature et responsabilité, Revue du MAUSS, n°17)

De la dépendance mondiale à l’indépendance locale

    (Helena Norberg-Hodge)

On dépeint souvent la mondialisation comme l’inévitable résultat de l’ordre des choses de la nature et de l’évolution. La mondialisation n’est pourtant ni un processus inévitable ni une étape de l’évolution ; elle a lieu parce que les gouvernements y injectent généreusement les fonds nécessaires à la bonne assise de sa structure. C’est ce que nous allons essayer de montrer.

D’abord, rappelons que pendant les 500 dernières années, les pays du Sud ont subventionné l’actuelle économie mondialiste, au détriment de leur culture, terre, économie (matières premières, main d’œuvre, marchés).

Comme la colonisation, le libre-échange est un système d’exploitation et de spoliations.

Avec la Mondialisation, le système industriel occidental est poussé jusque dans les moindres recoins de la planète, s’efforçant de réduire toute économie locale, régionale et nationale à une seule et unique économie mondiale, à direction unique et basée sur le développement croissant du commerce. Certes le commerce existe depuis le début de la société humaine.

Mais dans le passé, ce n’est que lorsque les besoins essentiels avaient été satisfaits localement que l’on songeait à faire commerce du surplus avec l’extérieur.

Aujourd’hui, c’est le commerce qui constitue une fin en soi. Depuis deux cents ans on applique sans nuances la théorie de David Ricardo (1817) selon laquelle les nations ont tout intérêt à se spécialiser dans les productions où elles excellent le plus. Il donne l’exemple du vin pour l’Espagne, des textiles pour l’Angleterre, avec bien sûr le coton des colonies. C’est la théorie des avantages comparatifs. L’objectif est l’efficacité, mais il ne tient pas compte des coûts générés par le commerce (esclavage, transports par bateaux à sécuriser par la marine, ports à agrandir, environnement, dépendance par rapport à un marché extérieur fluctuant), un coût le plus souvent transféré sur les contribuables par le biais des subventions ou des coûts d’infrastructures en continuelle expansion. Les traités commerciaux ouvrent alors le pays aux investissements étrangers et « bazardent » les lois et réglementations censées protéger les entreprises, les emplois et les ressources locales.

C’est ainsi que le commerce international s’est multiplié par 20 depuis 1950, c’est à dire deux fois plus que la production.

Des systèmes économiques entiers deviennent totalement dépendants des importations et exportations, jusqu’à l’absurde. On importe des fruits du bout du monde parce qu’ils sont un peu moins chers malgré le transport (souvent subventionné), alors qu’il y a surproduction localement. Dans les pays développés, la nourriture quotidienne a parcouru des milliers de kilomètres avant d’arriver dans l’assiette (+ pollution). La non-efficacité de cette politique est cachée par les subventions. Aux Etats Unis, les entreprises exportatrices reçoivent des millions de dollars pour la publicité de leurs produits à l’étranger. Subventions déguisées aussi puisqu’on ne tient pas compte du coût des infrastructures routières, aéroports, centrales d’électricité, équipements pétroliers, nécessaires à ce développement aberrant  du commerce. Le prix de ces marchandises est donc artificiellement bon marché, comparé à ce qui est produit localement. De l’ail produit en chine et expédié en Espagne peut très bien coûter deux fois moins cher que l’ail espagnol, puisque ni la pollution causée par son transport ni le coût des infrastructures de ce même transport ne sont pris en compte dans son prix.

70% du commerce mondial est sous le contrôle de 500 entreprises.

Cargill et Archer Daniels Midland contrôlent 75% du commerce des céréales.

En fait la seule chose libre dans le libre-échange, c’est la liberté avec laquelle les entreprises peuvent délocaliser leurs opérations et s’installer dans les pays où les impôts et le coût de la main d’œuvre sont bas, où les réglementations sur l’environnement laissent à désirer, et où les subventions sont généreuses.

Conséquence : la disparition d’agriculteurs, de commerçants et d’entreprises locaux.

Les politiques se vantent que de plus en plus de pays accèdent à la démocratie. En fait elle perd du terrain, puisque les décisions relèvent de plus en plus d’organismes non élus comme l’OMC, le FMI, la Commission de L’Union Européenne etc.

Certains pays en fonction de la théorie des avantages comparatifs, se spécialisent dans deux ou trois produits à l’exportation. Ils sont incités par le FMI ou la Banque Mondiale à emprunter des sommes considérables pour mettre en place les infrastructures nécessaires. Si le marché de ces produits s’effondre, les dettes s’accumulent.

Conséquence, la réduction de la diversité des cultures. 75% de la diversité agricole a disparu en un siècle. Les réserves alimentaires mondiales sont entre les mains d’une poignée d’entreprises.

Autre conséquence, l’exode des population rurales vers les grandes villes. Une urbanisation qui génère pauvreté et pollution.

De nombreux pays sont ainsi assujettis à un économie mondiale instable, sur laquelle ils n’ont aucun contrôle. La conséquence est souvent la guerre civile.

Mais tout le système est explosif. La plupart des investissements mondiaux sont spéculatifs. 95% du marché financier mondial est spéculatif, donc instable. Il ne peut que finir par s’effondrer.

Continuer dans la voie de la Mondialisation ne peut qu’intensifier ces tendances. Plus de commerce signifie plus de transports, c’est à dire plus de pollutions et d’émissions de gaz carbonique ; les fusions dans l’agriculture et la modernisation signifient plus d’érosion des sols, plus de produits chimique toxiques et une urbanisation dévoreuse de ressources ; continuer à construire des infrastructures de transport et extraire des combustibles fossiles signifie plus de destructions d’habitats et de perte de biodiversité. Manifestement cette planète finie ne peut pas soutenir un système économique basé sur la croissance infinie.

Partout dans le monde, il y a de plus en plus de gens au chômage ; ceux qui travaillent sont sous-payés, sans sécurité d’emploi, et leur vie est souvent en danger.

Des millions de petites et moyennes entreprises mettent la clé sous la porte puisque les entreprises transnationales prennent tous les marchés. Les petits agriculteurs sont ruinés et se retrouvent dans les mégapoles. Ils laissent derrière eux des villages et des petites villes qui vont perdre toute vitalité économique et culturelle. Aux Etats Unis, on dénombre moins d’agriculteurs (2%) que de gens en prison !

L’environnement est de plus en plus pollué et déstabilisé et au bout du compte, même les nantis sont pris au piège puisqu’ils doivent eux aussi survivre sur une planète complètement dégradée et subir les conséquences d’un tissus social qui se désagrège.

Il faudrait donc un changement radical au niveau mondial et au niveau local, dans les choix des individus, des communautés et des gouvernements. Il s’agit de rapprocher les producteurs et les consommateurs à chaque fois que c’est possible, d’éliminer les transports inutiles et d’encourager toute attitude pouvant renforcer et diversifier les économies locales et nationales.

La suite demain ou après demain.

Développement sur la décroissance dans "Bienheureux les stériles" sur http://philippe.annaba.free.fr