Suite du livre en train de s’écrire, intitulé :

         Traité de savoir-survivre à l’usage

                des jeunes générations.

Pour les épicuriens, le véritable plaisir se situe dans l’inaction, le repos et la détente, là où l’âme et le corps fusionnent.

Pourquoi la paresse est-elle l’un des sept péchés capitaux, alors qu’au début de l’histoire elle est une donnée de la nature et que le travail apparaît comme une damnation, subie par l’esclave ?

La main dans la main le faux christianisme et le vrai capitalisme nous ont conditionnés à toujours agir, à toujours nous dépasser, à accumuler. Si dans la Bible Dieu dit : « Tu te nourriras à la sueur de ton front », Jésus heureusement répond : « Regardez les oiseaux des champs, ils ne sèment ni ne moissonnent ». Quant au Coran, pour se conformer à la volonté du Tout-Puissant il demande de suivre l’exemple des fourmis et des abeilles et de mépriser les distractions.

Pour la société marchande la paresse est à combattre, c’est du temps perdu. Le système n’accepte que ce qui se quantifie, ce qui est utilisable ou échangeable. Une vue aussi courte que la notion de Produit Intérieur Brut qui ignore les actions du bénévolat mais tient compte des indemnités versées par les assurances, après les catastrophes naturelles !

Tous les affairés, les stressés et autres agités qui s’escriment à remplir de vent le vide de leur existence, sont conditionnés à surveiller les oisifs, à froncer des sourcils réprobateurs devant les rêveurs.

Des handicapés de l'esprit qui font la loi alors qu'ils n'ont  jamais su penser par eux-mêmes. Ils ne voient le monde qu'à travers la grille de valeurs créées par la société pour la société. Ils courent tous si vite qu'ils ne peuvent se rendre compte que c'est eux-mêmes qu'ils fuient.

Pourtant, Pythagore conseillait déjà à ses disciples, de ne pas trop travailler, ni de trop manger.

L'oisif a l'habitude de la liberté, des chemins de traverse. Il a le temps de s'envoler au gré de son intuition ou de son imagination. Il n'est pas obligé, par le respect des délais et des plannings, à n'emprunter que les autoroutes de la pensée.

« Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous ayez plus de raisons de travailler et d’être misérables.. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste ».

« Il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre-penseuse ; il faut qu’il retourne aux instincts naturels, qu’il proclame les Droits à la paresse, mille et mille fois plus nobles et plus sacrés que les phtisiques Droits de l’homme, concoctés par les avocats métaphysiciens de la révolution bourgeoise… »

« Ô Paresse, prend pitié de notre longue misère ! Ô Paresse, mère des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines. »

     Paul  Lafargue  (1842-1911), Le droit à la paresse

Aucune attitude n'est plus subversive que la paresse. C’est  la seule résistance non-violente possible face à l’imposture des puissants, aux maniaques du profit, aux pollueurs cyniques et aux endoctrinés du travail. En fait les paresseux sont de véritables saints, puisqu’ils ne cherchent pas à nuire aux autres, ils sont trop nonchalants pour se laisser aller à la haine, à la jalousie et à l’envie. C’est eux que les peuples devraient choisir pour gouverner, la paix règnerait enfin sur terre.

Avant d’obéir aux ordres du politiquement correct, avant de se retrouver enfermé dans la cage des conditionnements, celui qui veut comprendre le monde et se connaître lui-même, doit avoir le courage de prendre le temps de l'observation. Il sera aussitôt traité de paresseux, il devra résister aux critiques et quolibets des agités. Paradoxalement le paresseux ne doit jamais perdre sa vigilance. 

À l’époque de la vitesse et de la compétitivité érigée en système, la connaissance de soi est devenue quasiment impossible ; c’est une gageure. Pourtant c’est la seule véritable richesse parce qu’elle ne peut être perdue, volée ou détruite.

L'oisiveté a toujours été considérée comme un vice par ceux qui sont incapables de penser réellement, incapables de conduire une démarche de l'esprit de façon autonome, hors du conditionnement social.

Ils détestent l'oisiveté parce qu'elle leur donne le vertige.

Le vertige devant le vide de leur cerveau.

Un cerveau strictement cantonné à l'enregistrement des signaux émis par le Grand Logiciel Social. Des signaux du type "L'avenir est à ceux qui se lèvent tôt" ou "Ne jamais remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même".

Par définition personne ne peut se rendre compte de ses propres conditionnements. Aujourd’hui les gens sont conditionnés par l’humanitaire, la solidarité, le progrès, le bonheur, comme ils l’étaient précédemment par la religion, le travail, la famille ou la patrie. Un conditionnement social chasse l’autre.

A longueur de journée les médias présentent les malheurs du monde à travers des portraits d’hommes, de femmes et d’enfants dans des situations de misère extrême du fait de la famine ou de la guerre.

C’est pour imprimer en chaque électeur de base des sentiments de culpabilité. Il s’agit pour les politiques et pour tous ceux qui profitent du commerce de l’humanitaire et du commerce tout court, de pouvoir toujours compter sur une armée de naïfs très sensibilisés à une foison de faux problèmes. Les manipulateurs ayant l’art de faire croire qu’ils sont les seuls à détenir les réponses.

Il y a une profonde contradiction à faire confiance aux institutions, qui selon Spinoza, doivent contraindre les dirigeants à la vertu, puisque ce sont les hommes eux-mêmes qui fondent et gèrent les institutions. Or comment des êtres conduits surtout par l’intérêt, le désir de gloire, de pouvoir, de richesse ou emportés par la haine, aveuglés par les idées reçues, pourraient-ils mettre en place des institutions véritablement démocratiques ?

Pour Tchouang-tseu déjà,  "un prince ne se distingue pas d’un  brigand".

La démocratie est censée déléguer aux élus le pouvoir du peuple afin qu’ils le servent. En fait par la technique de la démagogie télévisuelle, la plupart des élus usurpent encore plus facilement qu’avant, le pouvoir du peuple pour satisfaire leur ego démesuré tout au  service de Mammon, le Dieu Profit.

Ceux qui ont la chance et le bonheur de vivre dans une démocratie, et qui profitent de la liberté pour se livrer à la démagogie, au mensonge, à la calomnie et à la corruption, font ainsi le lit du fascisme et sont les plus grands des criminels.

Près d’un siècle plus tard, il semble inconcevable que tant d’hommes aient été victimes de la boucherie de 14-18, une hécatombe supportée à l’époque sous le prétexte dérisoire du patriotisme.

Aujourd’hui les travailleurs acceptent d’être ponctionnés de plus des  trois quarts de leur salaire (part patronale comprise), sous le prétexte de Solidarité. Fausse solidarité parce qu’à côté de prélèvements tout à fait justifiés comme ceux qui concernent le chômage, la santé ou la retraite, ils doivent payer aussi pour soulager la misère du monde qui n’est pas de leur fait, qui est le fait de la corruption et de l’abus de pouvoir et de la bêtise.

Ils sont saignés à blanc pour que tous ceux qui les grugent puissent continuer leur exploitation et que les parasites puissent continuer à consommer et à  procréer.

La société inculque la solidarité à ses membres tout simplement pour que jamais l’instinct naturel de procréer ne soit mis en cause. Comme si tous les membres de la société étaient solidairement responsables de tous ceux qui  y naissent.

Alors que nous ne sommes pas responsable de notre propre naissance, la société nous rend responsable de toutes les naissances.

Celui qui part à la recherche de soi, qui cherche à se libérer d’un maximum de conditionnements sociaux, se retrouve évidemment seul face à tous ceux qui n’ont pas  accompli la même démarche.

Rare sont ceux qui ont la force de résister à la pression sociale. Les autres doivent ruser, feindre, conserver un vernis d’être social et continuer leur voyage intérieur en bon acteur, en respectant un minimum de conventions extérieures pour donner le change. Sinon la société vous brise, comme elle a détruit avec patience et méthode Antonin Artaud et tant d’autres.

Si chacun savait à quel point il est seul et incompris, il se suiciderait à l’instant. Mais la société a inventé pour ses rouages humains mille artifices pour qu’ils soient tous persuadés de servir à quelque chose et la nature a mis suffisamment d'hypocrisie en chacun de nous pour faire croire aux autres que nous nous intéressons à eux.

Lorsqu’on connaît parfaitement l’homme, on voit clair dans son jeu. On prévoit ses erreurs et ce qui l’attend au tournant.

Les autres ne comprennent pas notre manque d’étonnement face aux catastrophes qui les frappent, ni nos yeux secs devant les malheurs qu’ils subissent. Mais comment s’étonner de ce qui est inéluctable, de ce qui n’est que la conséquence directe de la mécanique de la survie de l’espèce et de la propagation du genre humain.

Avant la radio et la télévision, la société avait inventé les fêtes, les foires, les carnavals, et même les processions pour occuper l’esprit des hommes entre deux corvées.

Fanfares, cris, chants, mouvements, lumières, couleurs, mais si peu de joie dans les cœurs.

Les costumes et les masques ne parviennent même pas à cacher la tristesse et l’ennui.

Nous laissons notre mémoire se transformer en dépotoir où se déversent en continu  matraquages publicitaires, informations inutiles et discours dérisoires.

Trop d’informations incohérentes et désordonnées tuent l’information. Pollutions de l'esprit, insultes permanentes au silence, à la méditation, à la reconquête de soi.

C'est pourquoi il est urgent de s'entraîner au tri sélectif.

Il faut se protéger de la " Tyrannie de la Marchandise " en ajustant des filtres à chacun de nos sens.

Les escrocs, pour leurs inavouables affaires et pour satisfaire leur volonté de puissance ont toujours cherché, dans le passé, à gouverner les hommes en leur faisant croire qu’ils obéissaient à Dieu et qu’il fallait faire confiance à Sa Providence. Une immense supercherie qui n’a pas vraiment disparue, mais qui s’est fondue dans la croyance au progrès, à l’égalité, à la fraternité et à la liberté. Où sont l’égalité, la fraternité et la liberté dans le monde aujourd’hui, après deux cents ans de productivité continue ?

               En ce qui concerne le Progrès, c’est toujours la même source ; le Dieu de la Bible qui a donné la Terre aux hommes afin qu’ils l’exploitent. Et pour l’exploiter, ils l’ont exploitée, et la grande masse des hommes avec.

Or Gaïa est un Organisme vivant dont l’homme est partie prenante. Mais cette créature ratée ne se lasse pas de la dégrader, de la briser, comme si ce n’était que son jouet. Se faisant, c’est contre lui bien sûr que se retournent ses agitations. Si les écologistes nous incitent avec raison à respecter la nature, l'homme étant « plus bête que les bêtes », comme disait Diogène, il ne veut pas comprendre ce message, d'ailleurs très mal ciblé. En effet la nature se moque complètement qu'on la respecte ou non. Elle n’est pas née d’hier. D'un cataclysme à l'autre, elle retournera encore la terre et ses misérables habitants avec. C'est lui-même et ses semblables que l'homme doit respecter s'il ne veut pas mourir étouffé par ses propres déchets. Mais voilà, l’homme est le seul animal incapable de se respecter lui-même.

    Si l’homme doit préserver la nature c’est dans son seul intérêt, puisqu’il est la première et la seule victime consciente de ses propres errements.

    Mais si l’espèce humaine n’est pas capable de protéger son environnement, c’est qu’elle ne mérite pas de survivre.

ANNABA

             (A SUIVRE)