Démondialisation

Ils ont mis du temps à s’apercevoir que la mondialisation est une tueuse. D’Arnaud Montebourg à Marine Le Pen, en passant par Jean-Luc Mélenchon et Edgar Morin. Leurs arguments sont ceux que j’ai développés dans chacun de mes blogs, depuis le début (2005), inutile d’y revenir.

Mais les médias, valets des Adorateurs du Veau d’or, chaouchs des flibustiers de la Finance, contre-attaquent et ressortent leurs actes de foi idéologique que la triste réalité n’a cessé de contredire.

Pour Nicolas Baverez (Le Point du 9 juin 2001), « Le capitalisme a réussi avec le décollage des pays émergents ».

D’abord le décollage a profité surtout aux nouveaux milliardaires Chinois, aux apparatchiks et au pouvoir dictatorial, mais pas vraiment à la population exploitée par la Finance mondiale. En Chine comme en Inde, les oppositions des populations locales contre l’exploitation outrancière des richesses naturelles, qui ont un lourd impact négatif sur leur environnement, sont durement réprimées.

Ensuite, pendant que les délocalisations multiplient par dix les profits de prédateurs industriels, les politiques sociales durement gagnées dans les anciens pays industriels, par leur charge sur les prix de revient, deviennent des obstacles à éliminer dans le cadre de la libération totale des marchés.

Pour M. Baverez, « Le protectionnisme est l’arme par excellence de la décroissance et de la guerre économique… » C’est pourtant l’arme privilégiée de la Chine dans sa guerre économique, ce qui lui a procuré une croissance à deux chiffres depuis plus de dix ans. Sans parler des États-Unis eux-mêmes, défenseurs de l’ultralibéralisme et qui ne cessent de subventionner leurs industries et leur agriculture tout en créant des barrières à l’importation de nombreux produits européens, sous le prétexte par exemple que l’Union européenne à interdit l’importation de bœufs aux hormones.

Dans l’Express du 15 juin, « La mondialisation honteuse remplace la mondialisation heureuse ».

Encore les mêmes poncifs, mais pas un mot sur le protectionnisme de la Chine et des États-Unis.

« Nous gagnons du pouvoir d’achat en important des espadrilles [de Chine ou du Brésil] à des prix cassés ». C’est ainsi que nous perdons proportionnellement des emplois et que les indemnités chômages versées compensent malheureusement très largement l’avantage des prix cassés !

 « Le boom des échanges a permis à 2 milliards d’humains de sortir du cercle infernal de la pauvreté ». Il y a pourtant autant de malnutrition et encore plus de bidonvilles surchargés dans le monde, recueillant tous les pauvres hères expulsés de leurs terres afin de cultiver pour les Occidentaux de l’huile de palme et autres produits exotiques, et demain des agrocarburants.

« Les débouchés que représentent les émergents sont vitaux, en particulier pour nos industries de luxe ». Dont les produits, pour la plupart, sont d’ailleurs fabriqués en Chine !

Le simple bon sens semble avoir définitivement quitté les médias de ce pays.

Dans Le Monde du 17 juin, le titre même : « La tentation protectionniste » révèle déjà la couleur tout en rappelant l’argument de François Baroin : « Nous sommes dans un État de droit, avec des règles européennes et mondiales avec l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ». Alors pourquoi les avoir acceptées ?

Un autre titre de la même page : « Les pays les plus ouverts aux échanges croissent mieux que les autres ». Un article où il n’est jamais fait allusion aux nuisances environnementales, ni à l’exploitation de la main d’œuvre ; mais où il est dit que « Quand un pays vit une période difficile, on assiste à ce type de prurit protectionniste » ! Et quand on manque d’argument on manie l’insulte. Pourtant il s’agit d’un protectionnisme bien modéré, ne taxant que les produits en provenance des pays émergents qui ne répondent pas aux normes européennes sociales et environnementales.

Le coup de grâce a été porté dans Le Monde du 1er juillet, par Pascal Lamy, directeur général de L’OMC. Membre influent du schizophrène Parti Socialiste. Comment peut-on affirmer défendre les moins favorisés, la protection sociale et les services publics en se faisant le chantre de la mondialisation, c'est-à-dire du « Laissez-faire », de la privatisation des services publics, de la concurrence déloyale, donc des délocalisations et de l’accroissement corrélatif du chômage ?

Pour le patron de l’OMC, la démondialisation est réactionnaire. Et bien oui M. Lamy, lorsqu’on a fait fausse route il faut revenir sur ses pas !

« Les moteurs de la mondialisation sont technologiques : le porte-conteneurs et Internet. Gageons que la technologie ne reviendra pas en arrière ».

Sommes-nous donc inféodés à la technique ?

Et la technologie ne pourra pas grand-chose pour les porte-conteneurs lorsque, sous peu, le prix du baril va exploser, comme tous les experts sérieux le prévoient.

« Les chaînes de production se sont globalisées pour gagner en efficacité »

Au profit de qui ? Et au détriment de pays comme la France qui se désindustrialise chaque jour un peu plus, et qui ne survit que grâce à l’accroissement de sa dette ?

« Les deux tiers du commerce sont réalisés avec l’Union européenne ». Mais notre balance commerciale est en déficit permanent depuis plus de dix ans, et même l’Espagne concurrence nos produits agricoles et pousse nombre de maraichers et de fruitiers français à mettre la clef sous la porte, parce que l’Europe n’a jamais pu ni voulu harmoniser les charges sociales ni la fiscalité, même au sein des pays de l’Euro !

« Les salaires chinois progressent à la cadence de 15 à 20% par an… » Comme ils sont partis de moins d’un euro par jour, combien d’années devront nous attendre une concurrence loyale ? D’autre part, les ONG contestent tout à fait une telle progression, qui concerne sans doute plus les contremaîtres et autres cadres de l’administration que les ouvriers.

En revanche, pas un mot sur la qualité des produits, les contrefaçons et les dégâts sur l’environnement. La mondialisation ne cherche que le maximum de profits, donc un minimum de charges et de contrôles, et se soucie aucunement des conséquences humaines.

L’interview de Pascal Lamy comporte un tableau qui précise « Les principaux pays importateurs : États-Unis, Allemagne, Chine, Royaume-Uni, Japon ».

Juste derrière, étant donné sa moindre population devait se situer la France, mais la mauvaise foi fait arrêter la statistique quand ça sert l’idéologie.

Chacun peut se rendre dans n’importe quel Hypermarché, et regarder la provenance de tous les appareils ménagers et électroniques : il n’en trouvera pas un seul « Made in France ».

Peut-être bien que nous ne sommes plus, en effet, capables de pratiquer même un minimum de protectionnisme, parce que nous avons perdu le savoir faire, les machines et les usines pour redonner du travail au Français. Nous sommes super endettés et totalement dépendants de l’industrialisation des pays émergents.

Si les Chinois, les Indiens et les Turcs décidaient de ne plus nous approvisionner, nous n’aurions rien à leur opposer et cela prendrait plus de dix ans pour tout reconstruire. Et avec quel argent ? Peut-être serait-ce alors, le commencement de la décroissance forcée, avec à l’évidence, une guerre civile à la clé et le règne de la barbarie.

Annaba, auteur du « Journal incorrect », Les Presses du Midi.