Plan_te___vendre

Documentaire diffusé sur Arte, le 19/04/2011. Moins de 2% d’audience. Vous ne viendrez pas dire que vous ne saviez pas.

Avec cynisme ou avec la bonne foi des missionnaires, appuyés par  des militaires allant apporter la civilisation aux « sauvages »,  des Emirs, des traders, de nouveaux capitalistes indiens, vont de par le monde pour acheter aux États corrompus, la terre de leurs pauvres.

La Finance mondiale, bien mieux que les anciens colonisateurs et néo-colonisateurs, après avoir spolié les ressources minières des pays pauvres, s’approprient depuis quelques années leurs terres arables, et l’eau qui va avec, sous le prétexte de nourrir leur propre population et donner du travail sur place. En fait, ils arrivent avec force engrais, pesticides et machines agricoles des plus perfectionnées, et le recours à la main-d’œuvre locale est dérisoire (emploi saisonnier à moins d’un euro par jour en Ethiopie).

Et comme partout où cela se passe, les petits paysans qui survivaient de leurs cultures vivrières, sur des terres ancestrales dont ils n’ont aucun document de propriété, sont expulsés avec  leurs nombreuses familles. Ils n’ont plus qu’à aller grossir les bidonvilles de la capitale et devenir ainsi de nouveaux « clients » pour les ONG.

Les nouveaux propriétaires ou locataires (avec des baux quasiment gratuits de 80 ou 99 ans),  cultivent en fait, du riz, du soja, du maïs, de l’huile de palme et des agro-carburants,  pour approvisionner, en fait, le marché mondial.

Certains de ces « investisseurs » avouent qu’ils peuvent ainsi, en pleine crise boursière, proposer à leurs actionnaires une rentabilité très intéressante sur cinq ou dix ans.

D’autres disent qu’ils pourront ainsi vendre leur production aux ONG sur place pour nourrir la population.

Un tel cynisme est-il imaginable ?

Lors du débat qui a suivi le documentaire, un interlocuteur précise que ces pays pauvres n’ont pas les moyens de financer la mise en œuvre de techniques et l’achat de semences permettant le développement de l’agriculture vivrière et, que les investissements étrangers, à condition qu’ils soient mieux contrôlés par les États, sont un  moindre mal.

Mais ce qu’il ne dit pas, c’est que depuis plus de vingt ans, les aides des pays développés et du FMI n’ont été allouées que pour des investissements liés à des productions agricoles ou industrielles exportatrices. Et que si ces aides avaient concerné des investissements pour la consommation locale, ces pays ne connaîtraient sans doute pas une telle pauvreté.

Et comme par hasard, les pays développés, en crise, réduisent drastiquement leurs aides. Les investisseurs privés, les fonds de pension à l’affut de rentabilité et les États manquant cruellement de terres cultivables se précipitent dans la brèche. Il est effarant que les erreurs de ces politiques néolibérales, loin d’être corrigées vont être encore aggravées. Le cynisme des prédateurs n’a pas de limite.

Tout cela a déjà été expliqué maintes fois sur ce blog.

Et certes,  face à cette Finance mondiale destructrice, que pouvons-nous ? Qu’une seule chose : boycotter tous les produits des multinationales, tous les produits qui contiennent de l’huile de palme ou les viandes qui viennent du bout du monde. Même si de nombreux éleveurs en France, depuis le début de la PAC, nourrissent leurs bêtes avec des tourteaux de soja OGM en provenance d’Amérique du Sud, ce qui est aberrant. Pourtant la luzerne contient bien plus de protéines que le soja ; mais cette culture n’est pas subventionnée par l’Union européenne, à la différence de l’achat des tourteaux de soja. Et bien sûr les ouvriers agricoles en France reviennent plus chers que les Indiens du Brésil.

Il faut prendre le temps de tout vérifier et d’exiger la traçabilité de tous les produits.

Certains se disent « Qu’est-ce qu’on en a à foutre ? »

Et bien la pauvreté et la misère résultent de cette dictature financière sur le monde. Nous ne devrons pas nous plaindre si un jour, par millions, comme il est décrit dans « Le camp de saints », ils arrivent sur nos rives pour réclamer ce qui leur est dû. Parce que, refusant de voir le sang et la spoliation dans les produits que nous achetons, nous sommes responsables de leur misère aujourd’hui, et demain, de la nôtre.

Plutôt que d’acheter les marchandises des multinationales fabriquées au bout du monde dans des conditions scandaleuses, il s’agit toujours de préférer le local, le national, et à défaut l’européen.

Les gouvernements nous culpabilisent parce que nous consommons trop de pétrole, ils le taxent, obligent le contribuable à financer l’achat de voitures neuves prétendument moins polluantes, ils veulent interdire les automobiles dans les grandes villes… mais ça ne gène personne qu’en moyenne, 80% des marchandises que nous achetons ont déjà fait deux fois le tour de la terre !

Le trou dans la couche d’ozone observé en 2010 était plus important que ce qui avait été observé de 2003 à 2009, mais on n’en parle plus (revue Silence d’avril).

Une revue belge de consommateurs, Test-Achats, révèle que des ananas à 1€, en provenance du Honduras étaient bourrés de pesticides et d’autres substances chimiques toxiques. Les ouvriers agricoles, qui travaillent 14 heures par jour pour un salaire de misère, ont tous des problèmes pulmonaires.

Après le Nouvel ordre industriel mondial, laissez-vous séduire par le Nouvel ordre agricole mondial !

C’est dès aujourd’hui qu’il faut relancer l’agriculture raisonnable, remettre en culture dans ce pays les terres arables abandonnées, favoriser les Amap (Association pour le  maintien de l’agriculture paysanne) et autres incitations à l’installation de jeunes agriculteurs. Nous devons perdre nos mauvaises habitudes, parce que l’industrie agricole mondialisée n’aura qu’un temps : celui du pétrole bon marché.

Par allégeance à une idéologie stupide (le libre-échange absolu), les gouvernements de Droite comme de Gauche n’osent pas taxer les produits étrangers dont la concurrence ruine les agriculteurs français (avant chaque élection présidentielle, les candidats parlent à mots couverts d’une éventuelle taxation, mais l’oublient vite ; ils ne sont que les chiens de garde de l’OMC et du FMI). Mais le consommateur va bien le regretter lorsque le prix du baril de pétrole se situera entre les 200 et les 300 dollars. Bonjour les dégâts, les pleurs et les grincements de dents.

Les prix alimentaires vont flamber, ils ont déjà commencé. Il paraît que c’est à cause du pétrole libyen qui fait défaut, il ne correspond pourtant qu’à 2% de notre consommation.

Philippe Annaba, auteur du « Journal incorrect » et de « Bienheureux les enfants de la Mère »

http://philippe.annaba.free.fr